‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 195 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

En 1724? Barbeyrac, traducteur du Droit de la guerre et de la paix de Grotius, et, quelques années après, traducteur du Droit de la nature et des gens de PufFendorfF, n'imite pas et continue de ne pas imiter plus tard la réserve du premier, et la bonne intention du second relativement à Machiavel; il parle quelquefois dans ses notes un langage de dépréciation et de critique sévère qui paraissait , de son temps , être redevenu à la mode : mais ce n'est pas avec une affectation inconvenante qu'il cite Machiavel quand il le rencontre; et même si le professeur de Groningue avait été d'un caractère plus passionné, il aurait eu l'occasion d'en parler plus souvent, dans cette immense tâche qu'il s'était imposée, et qu'il a poursuivie si laborieusement et avec tant de courage.

L'auteur de la préface de l'édition Ciardetti cite un ouvrage de Jean Marie Muti qui parut en 1 7^5, et dans lequel on attaque les préceptes de Machiavel: ce livre est intitulé le Trône de Salomon ' , etc. L'ambition de ce titre n'a pas assuré le succès de cet ouvrage. Ce qui y est dit particulièrement sur le duel est

> // trono di Salomone o siapoUtica di governo a tuite le naziom del mondo, dove s*impttgna H MachiavelU, si combatte Uduello, si erudiscono i principi nel govemo, con altri riUvanti trattati da Giov, Maria Muti, Venise, 1725.

dicté par un esprit sage et généreux. Quant aux arguments contre Machiavel, ils sont les mêmes qu'on avait déjà publiés.

En 1726, dans une édition des oeuvres du secrétaire imprimée à La Haye , l'éditeur plaça au-dessous d'un portrait, qui du reste n'était pas celui de Machiavel, comme nous le dirons plus bas, le distique qu'on peut traduire ainsi :

« Par toi la prudence est parvenue à son plus haut degré, et il n*est pas de faîte plus élevé qu'elle puisse atteindre '. »

Pendant qu'on louait Machiavel en Hollande , le P. Meyer , Belge , dans son poème de X Institution du prince^ parlait du secrétaire dans les termes les plus violents. Je dois la communication de ces vers à mon confrère de la Société des bibliophiles, M. le baron de Reiffenberg. Il me les a fait remettre par M. le marquis de Fortia , mon confrère à l'Académie des inscriptions et belles -lettres, et de la même Société des bibliophiles , qui a traduit ces vers fort élégamment. Je vais rapporter cette traduction :

« Que le prince, dès son enfance , ait surtout horreur des doctrines impies, des livres nuisibles et des traités de Machiavel, ce monstre infernal! Ses feuilles empoisonnées enseignent à mépriser la connaissance de ce qui est licite ou illicite , de ce qu approuve ou de ce que condamne la Divinité. La gloire d une conduite honorable lui est inconnue; il place je vice et la vertu dans un même lit; il ne pense qu'à ce qui est utile, comme si un Dieu vengeur n'existait pas, comme si nos âmes, après notre mort, s évanouissaient dans les airs : la vie présente absorbe son attention , et les siècles de la vie future sont l'objet de ses dérisions. Voyez,

> Supremum per te nacta estprudentia culmen : Ulteriiu nec quo progredlatur habet.

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