‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 197 sur 274 · CHAPITRE XLIX. 38i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX. 38i

collige.... Nous avons toujours parlé ainsi.... Mais estil vrai que le secrétaire place le vice et la vertu dans un même lit? A-t-il dit que tout ce qui plaît est permis ? A-t-il dit dl accueillir gaiment le nom de (yran ? A-t-il prescrit de diviser ceux qui sont unis? Il a dit expressément le contraire '. L'homme du fer y qui a recommandé le fer, comme donnant à la fin Fargent , a-t-il dit que For est la plus noble des divinités? A-t-il voulu que les rois n'eussent pas de religion ? Il a dit, comme Aristote, qu'il fallait que les princes eussent de la religion , et que s'ils n'en avaient pas (ce qui serait mal) , ils feignissent d'avoir des sentiments de respect pour la Divinité. Il a dit que le vulgaire marche toujours avec ce qui parcut, et avec l'événement qui est arrivé. Mais il avait dit auparavant que le chef ne doit pas s'écarter de ce qui est bien y quand il le peut ^.

Quant aux conseils de n'être pas toujours bon, ces conseils se trouvent encore textuellement dans Aristote et dans le commentaire de saint Thomas. Aristote dit (il est vrai qu'il parle d'un tyran) :

« Il faut être tel dans ses mœurs ou qu'on se règle sagement selon la vertu , ou que Ton soit demi-bon, et non méchant, ou demi''mécharU*, »

Le commentaire de saint Thomas sur ce passage d'Aristote est conçu en ces termes :

« Il faut se gouverner suivant les mœurs et suivant la vertu. Il &ut plutôt se faire demi-bon que méchant, et demi" méchant que méchant. Si on ne peut pas se régler selon la vertu, on doit se régler selon V apparence, et Ton sera haï

< Dheorsi, liv. lU, chap. XXVII, pag. 278. PassiglL ' Voyez tom. I,cbap. XXII, pag. 336, 337. 3 Aristote, Politique, I^t. V, lect. XH.

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d autant moins qu'on sera moins méchant selon la vertu, ou $0ilon rappc^rence ', »

Je pense que c'est dans la traduction d'Aristote par Bruni d'Arezzo* que Machiavel a pris ses citations. Bruni avait été comme lui secrétaire du gouvernement de Florence , et il avait aussi écrit une histoire latine de cette ville. Ce sont peut-être les trophées de Bruni qui ont empêché Machiavel de dormir.

Il reste toujours de cette discussion qu*Aristote et saint Thomas parlent d'un tyran, et que Machiavel a entendu parler d'un chef de Principaty ou du Prince^. Mais il faut dire ici qu'Aristote tout en parlant d'un tyran, c'est-à-dire d'un homme qui a obtenu apparemment le pouvoir par des moyens illégitimes, lui donne cependant des conseils de si bonne foi, pour qu'il sauve sa tyrannie {ad saluationem tyrannidis ^ disent à la fois saint Thomas et Bruni d'Arezzo) , qu'en* vérité on ne voit pas qu'il ait le moindre penchant à le détester; il semble plutôt prendre tous les soins convenables pour l'aider à garderie pouvoir. Que dirat-on, en effet, de ce passage que je prends au hasard dans la traduction de M. Thurot ?

« Le but est évident : il ne faut pas que le gouvernement soit tyrannique, mais royal , et pour ainsi dire économique ; qu'il ne paraisse pas usurpateur, mais protecteur des droits des sujets \ qu'on y observe la modération , et quW y évite

' Vofes pour o« p«sMg0 coidida pour le précédent, rédition des «eovret de K^xnX Thomas, 1660, tom. VI, p. a 81.

* L'édition de 1 660 , dont je viens de parler, offre , k l'imitation de quelques éditions, la tradnetion latine d'Aristote, par Bmni d*Arezzo, et une autre traduction latine publiée avant celle de Bmni.

3 « Par U Prince, j'entends tous ceux qui , avec quelque titre et dan* quelque gouvernement que ce soit, sont ^ la tête des affaires. >• Ainsi t'exprime dé Lolme, constitution de l'Angleterre. Genève, 17S8 , in-8% tom. I ,p. i55.

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