‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 198 sur 274 · CHAPITRE XUX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XUX

les excès. Il doit de plus (le tyran) se cpneilier, par l'afr fabUité, l'amour des riches, et gagner par la popularité , l'affection de la multitude ; car l'autorité exercée sur des hommes d'un caractère plus généreux y en sera nécessairement plus honorable et accompagnée de plus de bonheur: inspirant moins de crainte, elle sera aussi moins exposée à la haine, et par conséquent plus durable^, »

Voilà comme Aristote déteste la tyrannie; voilà les pièges qu'il tend au tyran. Il lui conseille d'avoir un gouvernement royal, de protéger les droits des sujets, d'être modéré, populaire, d'exciter les cœurs à la générosité, pour que l'autorité soit plus honorable et accompagnée déplus de bonheur.

Saint Thomas à qui je reviens, va plus loin dans son commentaire. Il outre les expressions qui tendent à présenter sous une couleur plus douce les leçons d'AristQte.

« Il est mauifeste qu*il.£aiut que U Principat ne soit pas tyranniquC; mais comme l'autorité d'un père de famille; qu'il paraisse i{o/rz/ aux sujets; qu'il semble qu'on ne gouverne pas la cité, pour son propre avantage; qu'il faut se montrer protecteur des faibles , et en faire état plus que des grands ^ »

A présent qu'on se figure Machiavel puisant dans toute cette confusion d'éloges et de blâme , dans ces préceptes nobles et odieux, dans ces instructions d'où un tyran, sous beaucoup de rapports, doit sortir aus^i et plus vertueux et plus heureux qu'un roi appelé au trône par ses droits , ^t l'on comprendra que sans ma-

> PaUt, d^Ariêêote, tni4ootk>a de M. Iliarot, iSa4} p^g* ^79* * Est enim manifestum quod oporiet principatum non essê ^ranaicum , sed tmnquam pmtrem/amilhs , et quod videmtur reguUs subditis , et non gratia sut ipsius pnndpari cmtati, et potius ostsndere se procwratorem et tenere stmtum metUoerium, non exeelientium. OEavres de saint Thomas, loc, cit., pag. a 8 5.

lice, sans arrière-pensée, le politique Florentin, fort de l'assentiment des plus grands génies de la Grèce, éclairé par la lumière du docteur Angélique dont on venait de publier les ouvrages %en i5i49 au moment même où les malheurs de Sodérini avaient renversé la fortune de presque tous ceux qui servaient son gouvernement; on comprendra avec quelle bonne foi Machiavel a pu composer son Traité des Principautés, S'il a failli en quelques points, et il faut toujours répéter qu'il a failli, c'est appuyé sur des autorités que chacun se faisait une gloire d'honorer aveuglément. En examinant les temps d'alors, en observant la date de i5i5, date où écrivait Machiavel, et en oubliant, comme il convient, les temps modernes, on arrivera, j'espère, à des idées saines, judicieuses, exemptes de passion , de colère et d'animosité. Tout le monde pensait alors de la même manière , Rome , le conseil des princes de l'Europe, les doctes religieux et tous les hommes d'instruction et de science. Aristote était pour ce siècle un autre Dieu. Saint Thomas avait , par son éloquence et ses louanges, consacré la haute renommée du philosophe de Stagire, en se rangeant sous ses drapeaux. Des périls nouveaux, des scissions fatales, détruisirent cette disposition des esprits. Sommes-nous dans des circonstances semblables à celles où l'on a cru devoir poursuivre, de toute la puissance de la religion, des écrits où sans doute on rencontre des erreurs , des préceptes iniques , mais qui ont été les erreurs, les préceptes de l'époque, mais où l'on

I n ett remarquable qae le P. Looû, de Valence , dominicaiii , poblia 4 Venîae, en i5i4 » ium édition de la Politique ttJristoU et dea commentairea de saint Thomas, et qoe Machiavel a pn être nn des premiers k connaitie ces onrrages. Pour le (ait de la publication de ce livre , yoyea OEny. de saint Thoraas, 1660, toro. VI, pag. i*^.

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