‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 199 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

trouve en même temps des leçons salutaires , et avec, ces leçons un admirable monument de fierté de style, de connaissance du cœur humain , d'érudition , d'intentions honnêtes, et de mâle et généreuse éloquence?

Je m'arrête pour que cette digression ne devienne pas comme un autre ouvrage.

Un Florentin, monsignor Bottari, nous interrompt, d'ailleurs, pour exprimer son sentiment sur les compositions de son illustre concitoyen. Dans la préface de la réimpression de ÏErcolano di M, Benedetto Farchiy ce prélat parle ainsi de Machiavel :

« Employé dans les embarras de notre république, il donna, paria prudence de ses opérations et par la pénétration qui règne dans ses écrits , une grande preuve de la hauteur de son génie, et de cette rare sagacité qui lui faisait connaître les vues internes des hommes , et tourner à son plaisir les deux clefs de leurs cœurs \ v

Voici un professeur de Leipsick qui publie , en 1 73 1 , un ouvrage ^ où il prend la défense de Machiavel. On s'accorde à dire que cette défense est traitée avec un talent très-remarquable , et qu'à l'exception de quelques circonstances locales qu'on ne peut connaître quand on n'a pas été sur les lieux, tout ce qui concerne le secrétaire est expliqué clairement , posément, et n'admet que bien peu de réplique.

Maintenant apparaît un panégyriste italien. Dans ses Discours moraux ^ historiques et politiques y Albert Radicati, comte de Passeran, ne prend aucune circonlocution pour répandre ses opinions évidemment trop empruntées de Machiavel.

« La première et fondamentale maxime qu un prince doit

< Ces deux clefs sont apparemment Torgoeil et l'intérêt. Voyex VErcolano^ riorence , 1 780 , Jn-4**, et Padoae, 1 744 » in-8**.

* Joli. Priderici Christii de Nicolao Macliiavello , libri ires, etc.

exactement observer, est d'être , ou du moins de paraître toujours très-zélé pour la religion y afin de passer pour dé- YQt dans lesprit de ses peuples ; car aussitôt qu'ib le croiront tel, ils le considéreront aussi comme un homme juste, et Taimeront comme un bon prince , les peuples s'imaginant qu un homme ne peut pas être autrement, lorsque son extérieur est tout dévotion, tout piété, vu qu'ils ne s'attachent qu'à l'apparence, et non à la réalité des choses. En un mot, il faut que le prince suive les préceptes de notre grand Florentin', pour avoir toujours un heureux succès dans tout ce qu'il entreprendra , et il ne faut pas qu'un prince sage se laisse prévenir contre Machiavel par tant de gens qui le censurent; car, au dire d'un très-habile homme*, « il « 7 en a si peu qui sachent ce que c'est que raison d* état y « et par conséquent qui puissent être juges compétents de « la qualité des préceptes qu'il donne et des maximes qu'il « enseigne , que je puis dire qu'il s'est vu plusieurs ministres « et plusieurs princes les étudier et même les pratiquer de « point en point , qui les avaient condamnées et détestées « avant que de parvenir au ministère ou au trône; tant il « est vrai qu'il faut être prince ou du moins bon ministre^ « pour connaître , non-seulement l'utilité , mais la nécessité « absolue de ces maximes. » Un prince donc qui les suivra , sera sûr d'édifier, bien loin de scandaliser ses sujets^ »

Nous ne pouvons approuver rexagération des éloges de Radicati. Il écrivait alors, comme nous allons le dire, dans un sentiment d'irritation et de mécontentement qui doit le rendre quelque peu suspect d'un autre genre de partialité que celui que nous avons réprouvé dans le P. Meyer.

> Radicati renvoie dans one note an fameux chapitre XVIII da Traité des Principautés,

* L*aateilr vent parier ici d*Amelot de la Honasaye.

^ Radicati dit: bon ministre, «piand Amelot a dit seulement minisire.

4 Discoure, moraux, historiques et politiques, Rotterdam, fjSS, in -8", pag. «17.

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