‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 2 sur 274 · CHAPITRE IXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE IXVI

à cause des malheurs qae j'ai éprouvés et qne j'éprouve encore. Qaelquefois je passe un mois sans me souvenir de moi-même; il n esi donc pas étonnant que je néglige de te répondre Quand tu reviendras, ma maison sera toujours à tes ordres y comme elle la été par le passé , quoiqu'elle soit pauvre et malheureuse. »

Cependant Laurent H,, successivement créé duc d*Urbin par son oncle, Léon X, qui avait dépouillé de ce titre François -Marie de la Rovère, neveu de Jules n, comme convaincu rfavoir tué d'un coup de poignard le cardinal de Pavie (François Alidosi), ne tenait aucun compte des hommages de Machiavel. Par ordre du pape, il quittait souvent Florence, et déjà il était question d'un voyage qu'il devait faire en France pour y épouser Madeleine de Latour d'Auvergne. La France paraissait déterminée à contracter une amitié durable arec Léon X, et tous les Médicis. C'était par suite de ce système que François I*' avait aussi créé duc de Nemours Julien frère du pontife.

Obligé de renoncer à cet appui, Machiavel sollicite d'autres protecteurs, et le ton de la lettre que nous allons rapporter prouve le mécontentement excité en lui par la conduite de ceux à qui il avait adressé d'inutiles prières.

Dans le courant dû mois de décembre de cette an- 1517. née, il écrit à Louis Alamanni à Rome, pour lui recommander une affaire d'un de ses amis, Donato del Como. Ce Florentin, quelque temps après la révolution qui avait replacé les Médicis au pouvoir, avait prêté à Julien 5oo ducatis d'or, en lui disant qu'il pouvait les employer comme il voudrait , et qu'il n'aurait à les rendre qu'à sa comnaodité. Machiavel a raison de dire que la cause pour laqa^le il écrit à Alamanni est juste y et en quelque sorte sacrée. Après cinq ans en-

viron , et malgré la grande fortune qui avait toujours accompagné les Médicis , Donato n'avait pas été remboursé : son argent lui devenant nécessaire , le créancier oublié s'était décidé à demander la somme qu'il réclamait à Dominique Buoninsegni, apparemment un des secrétaires du pape Léon X.

« Mais comme , chez un homme semblable à Dominique , à cause de la multitude des occupations , de pareilles commissions ont coutume de mourir si elles ne sont pas soutenues par une force particulière qui les tienne en vie , il m*a paru que je devais avoir le courage de vous en écrire. ...»

Nous voyons plus bas que Machiavel avait aussi dans plusieurs circonstances son amour- propre de poète, et il le manifeste d'une manière bien positive; il continue ainsi :

« J'ai lu ces jours-ci le Roland furieux d'Arioste

Vraiment, le poème est tout entier très-beau, et, en beaucoup d endroits, admirable. Si lauteur se trouve à Rome, recommandez-moi à lui , et dites-lui que je me plains seulement de ce qu^ajant rappelé tant de poètes , il ma laissé

en arrière , et qu'il a fait à moi, dans son Roland ^ ce

que je ne ferai pas à lui sur mon Ane, ...»

En effet FArioste dans son chant XL VI et dernier annonce qu'il est à la fin de son entreprise, et se figure qu'il reçoit les félicitations des princes, des dames, des chevaliers , des poètes du temps : il distingue parmi ces derniers, l'Arétin, Capella, Mobsa, Berna, Vida, Mainardo, Fracastor, Sannazar, Nicolas Tiépoli, Nicolas Amanio , mais il ne voit pas Nicolas Machiavel. Nous observerons à notre tour si dans XAsino dora Machiavel tiendra sa parole.

Il entretient ensuite Alamanni d'une sorte de projet de voyage en France et à Venise, avec Zanobi Buon-

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