‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 3 sur 274 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

delmonti^ un de ceux à qui il a dédié ses DiscorsL (Cosme Rucellai était alors à Rome.)

Si Nicolas ne nommait pas son compagnon de voyage, nous pourrions croire qu'il avait Tespoir de suivre Laurent II à Paris. Celui-ci n'aurait pas pu emmener un meilleur conseiller. Il est vraiment dommage que Machiavel n'ait pas obtenu cette faveur. Il a parlé de nous convenablement dans plusieurs circonstances; probablement, dans ce nouveau voyage, se voyant plus heureux, plus considéré, il se serait trouvé à même d'observer les faits et les choses, avec plus de calme. Nous ne V aurions pas volé apec le souffle ^ et il eût pu se montrer juste pour notre caractère, comme il l'avait été pour nos institutions. Mais ce voyage n'eut Ueu d'aucune manière.

Au commencement de Tannée suivante, le 5 jan- 1518. vier i5i7 (i5i8), il paraît qu'il retourna à Florence. Depuis la dernière lettre, il avait vu Vemaccia, qui avait passé quelque temps près de lui. Il lui écrit et lui parle d'une infinité d'embarras tels qu'ils l'ont réduit à peu faire du bien aux autres, et encore moins à lui-mêiùe. Cependant ce qui lui reste est encore au service de cet ami, parce qu'après ses fils il est l'homme qu'il aime le plus au monde.

On pourrait examiner ici le Dialogo delV ira attribué par quelques éditeurs à Machiavel, mais les Toscans les plus instruits, et les plus enthousiastes de sa gloire, persistent à soutenir que cet ouvrage ne lui appartient pas ; le style en est plutôt fleuri que profond : pour cette raison , on voudrait le donner à l'année 1 5o3 , mais Machiavel n'avait pas alors le temps et l'habitude d'écrire ces sortes de dialogues; c'est dans son oisiveté forcée qui date de i Sia qu'il a commencé à adresser ainsi des dialogues à ses amis. Nous avons

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cru devoir laisser les Toscans juger cette question, et nous rapportons fidèlement Topinion qu'ils ont énoncée.

1518. Il y a lieu d'assigner à cette année la date de k composition du petit ou\Tage intitulé : « Discours ou dialogue où on examine si la langue dans laquelle ont écrit le Dante, Boccace et Pétrarque , doit être appelée italienne, toscane ou florentine. On remarque dans le cours de l'ouvrage, ces expressions, vendemr miale ozio, qui prouveraient qu'il a été écrit dans les loisirs de l'automne, au milieu des vendanges. A la manière dont il parle d'une comédie de l'Arioste, je penche à croire que c'est au même moment où lui-même s'apprêtait à composer d'autres comédies, qu'il a rédigé ce petit discours souvent ingénieux ; nous verrons qu'il y traite un peu sévèrement le Dante , tout en le comblant d'éloges. Il débute ainsi :

« Toutes les fois que j*ai pu honorer ma patrie , même À mes risques et périls , je Tai fait volontiers , parce que rhomme, dans sa vie, na pas de plus strictes obligations que celles quil a envers sa patrie. D*elle, d*abord, dépend Texistence, et ensuite tout ce que la fortune et la nature nous ont accordé de bon. Ces obligations sont plus grandes dans celui qui a une patrie plus noble. Vraiment, celui qui, avec son esprit et ses ouvrages, se rend ennemi de la patrie, peut, à juste droit , être appelé parricide, quand même elle laurait offensé. Si frapper son père et sa mère, pour quelque raison que ce soit , est une chose criminelle , il suit, de nécessité, que frapper sa patrie est chose très-criminelle, parce qu*on ne reçoit jamais d'elle des persécutions si ardentes, qu'elle puisse mériter des injures, et parce qu'on doit reconnaître d'elle tout son bien. Gela est si exact, que si elle se prive de partie de &es citoyens , on est plutôt obligé de la remercier pour ceux qu'elle garde, que de l'injurier pour ceux qu'elle éloigne. Cela étant vrai, et très-vrai, je ne me

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