‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 201 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

Machiavel est censé continuer son récit. Les commissaires le condamnent au feu. Le considérant de la sentence porte que c'est vouloir mettre le monde sens dessus dessous que de rendre malicieux les simples , et d'ouvrir les yeux à ces taupes que mère nature avec une très-grande sagesse a rendues aveugles.

Le ton de la satire devient plus acerbe. Machiavel allait être brûlé lorsqu'il est réclamé par Philippe II , roi d'Espagne, qui espérait que le Florentin n'avait pas tout dit dans ses ouvrages, et qui , en conséquence, le fit son conseiller. Mais les rois successeurs de Philippe n ayant dégénéré ^ le conseiller est obligé de quitter l'Espagne. 11 va errant dans le monde , et se déguise pour n'être pas reconnu. Enfin, il est accueilli, puis maltraité par des religieux : ici , des sarcasmes assez vifs, mêlés à des impiétés très -condamnables, achèvent de montrer l'intention de l'auteur.

A mesure qu'il devient plus amer et plus offensant, il perd naturellement cette fleur de raillerie qu'on a pu observer dans le commencement de son avis au leoteur judicieux. Finalement Machiavel est nommé //wprimeur à Rome. Il suppose qu'il a obtenu une bulle à cet effet. Le reste de la satire manque souvent de raison, et la manière dont elle se termine ne peut qu'inspirer un profond dégoût.

On a pu être étonné de ce style de Radicati, et l'on doit se demander quel intérêt ce cathoUque avait à parler mal de la cour romaine. Il donne un commencement d'expUcation dans la dédicace de son livre qu'il adresse au sérénissime et très-puissant don Carlos , roi des DeuX'Siciles j héritier présomptif du grand-duché de Toscane y duc de Parme et de Plaisance. Il choisit ce prince de la maison de Bourbon , dans l'espérance qu'il sera un jour l'unique et paisible possesseur de

ritalie et coDséquemment de la Toscane, patrie de Machiavel; il déclare à ce souverain que les discours suis^ants ont été composés par ordre exprès de Victor, roi de Sicile. Plus loin /dans une notice intitulée Facturriy Radicati parle sans aucune réserve.

En 1 714, le roi Victor avait plus que jamais des altercations avec le pape (Clément XI). Ce pontife , ne reconnaissant pas le duc de Savoie comme roi de Sicile j ne voulait pas lui permettre la nomination aux évêchés de cette île, pas plus qu'il n'avait jusqu'alors reconnu dans ce prince le droit de nommer aux évêchés du Piémont et de la Savoie. Le nouveau roi avait de plus une prétention bien autrement subversive : il entendait confirmer la nomination des évêques depuis long-temps titulaires en Sicile ; en conséquence il avait fait inviter Radicati à écrire diverses attaques contre l'autorité du Saint-Siège : depuis, les différends entre les deux gouvernements ayant été terminés à l'amiable, le roi, dit Radicati, l'aurait sacrifié. Le pamphlétaire, obligé de se réfugier en Angleterre, aurait fait imprimer en Hollande les manuscrits préparés pour servir la mauvaise humeur du roi. Dans ses discours, Radicati parle souvent du supplice du feu, ce qui doit s'expliquer par une sentence lancée contre lui qui le condamnait, dit-il encore, à être brûlé, et à subir la confiscation de ses biens : mais ces exagérations ont bien l'air de n'être que des mensonges. Du reste, il observe que de douze conseils assez audacieux qu'il donnait au roi , le prince en avait adopté cinq, et que ces cinq conseils n'étaient pas les moins contraires au respect dû à l'autorité pontificale.

Est-ce ce panégyrique de Machiavel, d'une forme si inattendue et si peu conforme aux règles de la saine littérature, et que l'auteur avait publié en 1736, qui

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