CHAPITRE XLIX. SgS
le nom de ce fourbe politique du nombre de ceux oii le ▼otre doit tenir le premier rang \ »
Le a a mars 1739, le prince royal annonce qu'il s'occupe de réfuter le secrétaire Florentin.
« Je médite un ouvrage sur le Prince de Machiavel. Tout cela roule encore dans ma tête , et il faudra, le secours de quelque divinité pour débrouiller ce chaos '. »
La dii^inité n'était pas loin : la vanité du dieu encourage le prince indécis et troublé par la grandeur de Tentreprise.
«Votre idée, monseigneur, de réfuter Machiavel, est bien plus digne d*un prince tel que vous, que de réfuter de simples philosophes. C'est la connaissance de Fhomme, ce sont ses devoirs qui font notre étude principale ; c'est à un prince comme vous à instruire les princes. J*oserab supplier avec la dernière instance votre altesse royale de s'attacher à ce beau dessein, et de Texécuter. »
« Cette bonté que vous conservez, monseigneur, pour la Henrùide, ne vient sans doute que des idées très-opposées au machiavélisme que vous y avez trouvées. Vous avez daigné aimer un auteur également ennemi de la tyrannie et de la rébellion '. »
Voltaire ne cesse d'exciter le prince à continuer son ouvrage.
« J'ose exhorter toujours votre grand génie à honorer Virgile dans Nysus et Euryale, et à confondre Machiavel : c'est à vous de faire Téloge de l'amitié; c'est à vous de détruire l'in&me politique qui érige le crime en vertu. Le mot politique signifie, dans son origine primitive, citoyen*, et
' Édit. de M. Beucbot, tom. LUI, pag. x5a. * Édît. de M. Beadiot, tom. LUI , pag. 536.
3 Loe, eit , pag. 564.
4 Voltaire se trompe nu pea ici dan» la aignificalîon trop rigourenae ^*U
aujourdliui, grâce à notre perversité , îl signifie trompeur de citoyens; rendez-lui, monseigneur, sa vraie signification. Faites connaître, faites aimer la vertu aux hommes '. »
Le prince ne demandait qu'à être exhorté. U répond le 16 mai 1739 :
« C'est actuellement Machiavel qui me fournit de la besogne; je travaille aux notes sur son Prince y et j'ai déjà commencé un ouvrage qui réfutera entièrement ses maximes, par l'opposition qui se trouve entre elles et la vertu , aussi bien qu'avec les véritables intérêts des princes. Il ne suffit pas de montrer la vertu aux hommes , il faut encore faire agir les ressorts de r intérêt j sans quoi il j en a très-peu qui soient portés à suivre la droite raison *. »
Est-ce que quelque chose de la doctrine du secrétaire , est-ce que cette connaissance si profonde qu'il avait du coeur humain aurait pénétré dans l'esprit du prince , sans qu'il s'en fût aperçu ? Est-ce que déjà Frédéric , comme brûlé à feu de réverbère , aurait laissé entrer en lui quelque chose de cette science si maligne qui avait dévoilé à Machiavel' le for intérieur le plus secret de l'homme, tel que nous le voyons dans l'état de société? Ce qui peut cependant tromper et excuser le prince , c'est qu'il va croire voir l'/zitérêt de l'homme ailleurs que ne l'a vu le secrétaire.
"Les feux croisés pour assurer la défaite de Machiavel étaient abondamment entretenus par les deux correspondants. Voltaire surtout ne veut jamais rester en arrière. Il a sacrifié ses premières opinions; il ne veut pas cesser de flatter le prince.
atiribae aa mot politique, qui vient de iroXt( , cité. Ce mot de politique tignifie à pea près Part de régir la cité: mais Voltaire avait besoin d*arriver à son mot de trompeur des citoyens,
' Édit. de M. Beochot , tom. LUI , pag. 579.
> Lac, cil, y tom. LIU, pag. 59 1.