CHAPITRE XLIX. 4oi
de poëte quelquefois trop asservie, mais se montrant de temps en temps importunée et railleuse; et, de l'autre part, de charlatanisme philosophique et politique auquel devaient succéder la pratique sérieuse des hauts devoirs du souverain , malheureusement l'adoption de maximes tout aussi tristes^ c'est-à«dire méchcuitesy que celles qu'on pouvait lire dans le Florentin, l'ivresse du conquérant , puis l'austérité du général, puis cette passion plus ou moins ardente pour des intérêts d'argent et d'orgueil , et à la fin cette £aitale expérience des hommes et des choses qui, si on la laisse trop parler, semble dire avec inflexibilité au dépositaire de la force d'une monarchie naissante , qu'il ne peut pas être toujours allié fidèle et ami sincère.
Je crois qu'il resta toujours dans l'esprit du souverain et dans l'esprit du philosophe, des idées droites, justes et précises sur ce qu'il y avait à penser de Machiavel : je crois qu'ils surent ensuite bien distinguer le point où se trouvait uniquement la perversité de plusieurs de ses préceptes, sans cesser d'approuver ce qu'il y avait d'adminJ[>le dans quelques autres doctrines aussi nobles que vraies, du même publiciste. On voit dans le reste de la vie de ces deux Minas qui s'étaient imposé une, charge si impitoyable, on voit que l'un , se laissant fléchir par les sollicitations d'Algarotti, comme nous le dirons plus tard, et l'autre, subjugué par l'impulsion naturelle de sa propre pénétration qui le rendait à des sentiments plus réfléchis , déposèrent le fouet vengeur , et se turent , ou laissèrent échapper des éloges.
Je ne puis m'empêcher de considérer cette circonspection ou ces suffrages comme une rétractation des fausses idées qu'ils s'étaient communiquées l'un à l'au- . tre (car enfin tout n'était pas à condamner dans Ma- //. a6
4oa MACHIAVEL.
chiavel) sur des questions si élevées qu'il ne leur était pas permis de traiter de mauvaise foi , en contre-sens , et sans respect pour ces règles de justice et de vérité dont il appartenait à de pareilles intelligences bien moins qu'à d'autres de pouvoir s'écarter.
Je laisserais ici qudque chose d'incomplet, si je n'examinais pas pendant quelque teilips ce célèbre ouvrage dû à l'association du prince et du poète. J'ai librement émis mes opinions. Je dois offrir les preuves sur lesquelles je fonde ma conviction.
Voltaire dit, dans son avant-propos , qu'il a hasardé des réflexions sur le Prince de Machiavel, chapitre par chapitre, afin que l'antidote se trouvât immédiatement auprès du poison. On aurait répondu d'une manière bien piquante à Voltaire , en imprimant Machiavel et le réfutateur en regard. Il serait résulté de cette épreuve que souvent Machiavel, armé de mauvais principes, serait passé très-librement devant son ennemi distrait, ou voyageant dans d'autres contrées, et que d'autres fois Machiavel, énonçant de très4K)nnes sentences, aurait vu à ses côtés un philosophe moderne, frondeur, occupé d'intérêts d'un autre siècle, ne pensant plus à l'écrivain qu'il était venu attaquer, et rêvant des révolutions bien autrement funestes que celles qu'a pu prévoir le secrétaire Florentin.
Ainsi que de fois l'antidote n'aurait pas été à côté du poison! Que de fois le Florentin, bon moraliste, bon politique, n'aurait-il eu en tête qu'un adversaire livré à un esprit de secte et d'innovation dangereuse! Le lecteur, ou indigné de Vétrangeté de la maxime, ou charmé de la beauté du précepte, aurait tourné rapidement les yeux pour rencontrer un reproche courageux, ou un applaudissement mérité, et au lieu de ce jugement, il aurait vu le ton du réfutateur, dès le