CHAPITRE XLIX. 4o
premier instant , monté à l'injure , au dénigrement, et tellement animé qu'au moment où l'injure et le dénigrement seraient peut-être devenus nécessaires, le dictionnaire des offenses et du blâme se serait trouvé épuisé, au grand scandale de l'esprit d'ordre, du bon goût et de la morale.
Dans le chapitre II de la Réfutation, nous voyons
l'éloge du duc de Lorraine, Léopold, presque rien sur
Machiavel, et pas un mot sur ^i ces pierres d'attente (Jo
addetitellato) qu*une mutation laisse toujours pour en
' appuyer une autre. >»
Un fond de principes républicains domine le chapitre IV ; et de quel oeil Frédéric a*t-il pu voir cette pièce de rapport substituée sans doute à une idée monarchique?
Quelle singulière apostrophe que celle du chapitre VI! On reproche à Machiavel de n'avoir rien dit de ceux qui n'ont pas réussi à fonder un état : pour ceuxlà, il y a, 11 est vrai, quelques essais, mais il n'y a pas de faits hautement historiques , il n'y a pas d'histoire à proprement parler. Us ont échoué comme tant de conspirateurs. La vie de Brutus et la vie de Cassius ont été une de celles qui se sont le plus prolongées, après une tentative scélérate et malheureuse. Sans aller bien loin de nos villes, nous avons eu Mallet. S'il avait réussi que de pages différentes ! Son histoire a fini avec son supplice. Supposez Bonaparte vaincu en vendémiaire, arrêté, à son retoiu* à Fréjus, comme déserteur, ou saisi le 17 brumaire comme conspirateur, et voyez ce qu'il aurait fallu écrire, au lieu des fastes de Marengo , d*Austerlitz , de Friedland , de Dresde , de Waterloo et du rocher de Sainte-Hélène.
Comment le grand Voltaire, ce génie de l'histoire, va-t-il se fourvoyer dans des voies battues , où ne se
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4o4 MACHIAVEL.
perdrait pas le penseur \e moins hardi? Et puis ce chapitre YI dans Machiavel est tout empreint d'une teinte religieuse, touchante, presque superstitieuse, et le réfutateur s'embarrasse dans des impiétés absurdes. Ici comparez les deux interlocuteurs. Pour Voltaire, que devient Moïse qui eut un si grand précep^ leur? L'Aristarque crie à Machiavel : Tais-toi, charlatan du crime! Quand on en est à ce ton-là, au commencement d'une réplique , y a-t-il une provision de telles armes qui puisse vous suffire jusqu'à la fin de la lutte? Nous ne relèverons pas une équivoque à propos du mot virtuosi qui dans Machiavel veut dire courageux j et qu'on traduit par vertueux. Avec un peu de latinité on devait savoir ce que virtus signifie pour un Italien , et même souvent pour nous, autres indigents qui ne vivons que de quêtes faites à la langue latine.
Machiavel dit, suivant Voltaire, que sans V occasion la vertu s'anéantit, et Voltaire blâme Machiavel. D'abord ôtons d'ici la vertu pour y mettre le courage. C'est du courage que parle le Florentin. Y a-t-il rien de plus vrai, de plus exact que cet axiome? Que de génies peut-être morts bourgeois! Que de développements avortés dans des temps calmes et pusillanimes ! Que de passions mesquines dans un grenier s'agrandissent dans un palais ! Dire que c'est le chiffre du crime qui peut expliquer les obscurités de Machiavel^ c'est dire qu'on ne veut pas ouvrir les yeux : il n'y a pas beaucoup d'écrivains qui chiffrent leurs sentences aiissi peu que le secrétaire.
Il est vrai, et Voltaire a bien raison, que Borgia est trop nommé dans le chapitre VII : mais l'auteur a distingué le caractère criminel de ce duc , des calculs de sa politique pour rester grand. Il n'a entendu parler que de ces calculs, et, soit dit en passant, car Machia-