CHAPITRE XLIX
C'est dans le chapitre XIV de Machiavel que nous avons trouvé un de ces avertissements touchants que la chaire chrétienne fait entendre aux souverains, et que Bossuet et Fénélon , ces deux véritables précepteurs de princes , ne désavoueraient pas '. Mais comme Machiavel a parlé incidemment de la chasse , Voltaire ne pense qu'à réfuter ce conseil, et fait une sorte de diatribe fort déplacée contre la chasse.
Dans le chapitre XV de Voltaire , Machiavel , qui a été ridiculisé pour n'avoir parlé que de la petite Italie, et d'un pays étroit et circonscrit, est accusé de représenter Yuniuers comme un enfer j et tous les hommes comme des damnés. Pourquoi donc avoir dit précédemment qu'il n'écrivait que pour de petits princes, qu'on ne voyait guère de lui que de petites idées, et qu'il n'avait rien.de grand et de vrai parce qu'il n'était pas honnête homme ? Au reste , tous les arguments de ce chapitre de Machiavel sont empruntés à Tacite , et Voltaire n'y répond que par quelques lignes. Ici , malgré ce qu'il a promis, il n'a pas fait la mesure juste : mais la portion dlnjures n'a pas été oubliée, si la portion de raison a été refusée.
« Le Florentin a pris à tâche d'anéantir là vertu , poar rendre tous les habitants de ce continent ses semblables. »
Voltaire dans son chapitreX VI obtient naturellement
né f fat d'abord gardien de pourceaux. H entra comme aoldat dans les armées de Philippe-Marie Visoonti, doc de HHan , pois devint son général, et reconquit tonte la Lombardie que le duc avait perdue. Maltraité par ce prince, il passa au service de Venise , lui acquit beaucoup de provinces , puis sembla avoir laissé détruire par sa faute une flotte vénitienne naviguant sur le Pô. Le sénat , le jugeant perfide, Fattira k Venise, le sépara de ses soldats, le fit charger de fers , et condamner 4 avoir la tète tranchée. U n* j avait d'autre due, dans Fétat de Venise, que le doge qui prenait ce titre, et le transmetuit à son successeur.
■ Voyes tom. I, ohap. XXH, pag. 3a3.
4io MACHIAVEL,
quelques avantages sur son adversaire qui s'est montré, dans le sien où il traite de la libéralité et de Favarice, trop préoccupé de ses propres dispositions ji l'économie. Le secrétaire a peut-être plus raisonné en bourgeois malaisé , et se promettant de ne pas tomber dans la misère, s'il amassait quelques ducats, qu'en philosophe discutant de bonne foi des questions si difficiles à traiter. Mais le secrétaire se repentira au chapitre XXI , et son ennemi refusera de lui en donner acte , comme il aurait dû le faire.
Ce qu'il y a d'éminent, de hautement recommandable , d'admirable à jamais dans le chapitre XVH de Machiavel, c'est la doctrine sur les confiscations. C'est le vœu ardent de voir tous les princes, tous les états, tous les pouvoirs, renoncer à ce châtiment inique, et Voltaire, Voltaire qui aurait dû inuenter cette doctrine, n'a pas fait la moindre attention à ce cri de l'humanité , de la politique et de la religion , Voltaire dans ses idées de perfectionnement (et je le considère ici comme étant de bonjie foi), dans l'élévation de la mission auguste qu'il s'était donnée, l'amour de la sagesse, Voltaire n'a pas jeté un seul regard sur ces paroles si simples, si familières, si peu élégantes, sur ces paroles naïves d'ordre, de justice, ma sopratiUto astenersi délia roba (Taltri ^ « mais surtout s'abstenir du bien des autres. » Ce qui n'avait pas échappé dans la connaissance du cœur humain, à Sultan-Suleyman, a échappé à Voltaire : que fait-il donc, au lieu de regarder ce qu'il lit , ce qu'il attaque , ce qu'il réfute ? Il dit que ce sont des bourreaux qui placent les livres de Machiavel sur le trône, et des bourreaux qui les y maintiennent. Il répond à des faits qui ne sont pas dans Machiavel, et finalement il déclare, comme lui, que si la clémence porte à la bonté , la sagesse ne