‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 213 sur 274 · CHAPITRE XLIX. 4i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX. 4i

que d'abord l'ennemi pût se retirer avec tout ce qu'on ne voudrait pas, tout ce qu'on ne pourrait pas lui enlever, mais qu'en définitive le sceau de la réprobation marquât les préceptes inutiles , les principes faux, 1^ leçons tirées de conséquences forcées, et cette insulte à la morale, à la charité, qui reprennent toujours leur empire, parce que la conscience des hommes tend à les ramener, et les ramène toujours dans les voies d'un intérêt vertueux, délicat et de tout point irréprochable.

Au chapitre XIX de Voltaire, on lit que Machiavel a toute la méchanceté des monstres que terrassa Hercule, mais qu'il n'en a pas la force, aussi ne faut -il pas la massue d'Hercule pour l'abattre. Je crois moi qu'un peu de massue n'y ferait pas mal. Mais les dernières injures ne sont-elles pas ces dégâts honteux que l'on commet dans une retraite forcée ?

Sur l'article des conjurations Voltaire raisonne avec une grande sagacité.

« Je dois dire en général que les conjurations et les assassinats ne se commettent plus guère dans le monde. Les princes sont en sûreté de ce côtë-là , et les raisons qu*en allègue Machiavel sont très*bonnes. »

La guerre continue, mais molle, nonchalante. Vol* taire , comme dégoûté d'avoir été repoussé devant un autre Saint'Jeanrd^ Acre y ménage son ennemi, parle encore à propos de ce qu'il a dit, mais non pas précisément sur ce qu'il a dit.

Au chapitre XXII , le malin critique n'a pas su qu'en traitant la question des secrétaires des princes, Machiavel avait peut-être eu en vue sa propre élévation. U y avait là un texte à plaisanteries, à morsures. Le dieu de la moquerie aurait indubitablement vaincu dans cette escarmouche. Mais ici, au lieu d'un moqueur, il

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y a un courtisan circonspect qui n'a vu que les ministres ^ pu qui du moins ne voulait pas se créer des embarras avec les ministres. Ce mot de secrétaire ne l'a pas mis sur la voie. Quelle grêle de plaisanteries nous avons perdue à ce défaut d'attention sur un point où (il faut, je crois, être forcé de l'avouer) Machiavel prêtait le flanc, et méritait peut-êtfe une réponse malicieuse !

Le chapitre XXIII sur les adulateurs est admirable dans Machiavel, et bien faible dans Voltaire.

Dans Machiavel , le chapitre XXIV traite des princes qui ont perdu leurs états en Italie, et il est sagement raisonné. Voltaire veut finir, et prépare ses bidletins. Il pose ses principes, et ensuite se souriant à lui<»même il ajoute :

« C'est ainsi qu'on peut voir démasqué ce Florentin , que

son siècle fit passer pour un grand homme à qui

personne n^ avait encore répondu en forme y et que beaucoup de politiques suivent sans vouloir qu*on les en accuse. »

Le chapitre XXV sur la fortune est le résumé des doctrines antiques. La fortune est femme, elle aime les jeunes gens qui la maltraitent: il faut la brusquer. La réponse de Voltaire est empreinte des hautes connaissances plus profondes, plus logiques, que nous avons acquises depuis, et il avait raison de dire que Machiavel a transporté cette question de la métaphysique dans la politique, ce qui a été au moins imprudent.

Nous avons accompagné les deux combattants jusqu'au dernier chapitre (XXVI). Dans Machiavel, c'est un élan national qui demande la 'liberté. En général tout ce chapitre, que j'ai appelé « un résumé à la fois oc gracieux et poétique, nourri des sucs de l'histoire,

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