CHAPITRE XLIX
Morus et Harrington. C'était en 1748 que Montesquieu parlait ainsi; il ne partageait pas les sentiments qu'avait manifestés Frédéric : il semble aussi que l'exemple 4e l'illustre président ait, dès cette époque, influé sur l'opinion qui allait se former relativement au secrétaire; car ce ne sera plus que de loin en loin que nous rencontrerons des adversaires. On conçoit que le peu de paroles prononcées par Montesquieu ait; produit cet effet ipattendu. Que serait-ce si, peut-être plus juste pour un hpmme qui avait été son maître en quelques points, il eût Ésiit entendre une voix plus amie ? Ma^ il suffît de reconnaître le sentiment de justice qui devait aqimer un talent immense comme celui de Montesquieu.
Dans les Principes de droit politique^ de Burlamaquî , natif 4e Getiève , et dans plusieurs de ses autres ouvrages où il a rappelé les doctrines de Grotius, de Puffendorff, et les réflexions de Barbeyrac, avec quelques-unes des bonnes inspirations de Hobbes, on retrouve/ce qui, appartenant primitivement à Machiavel, a été euiiprunté de lui par ces divers auteurs.
Jl a paru à Strasbourg, en 1762, un petit ouvrage italien avec la traduct^n française en regard, et qui porte pour titre : La vraie politique des personnes de qualité. Machiavel y est légèrement mordu. Du reste, cet ouvrage, qui n'est pas autre chose qu'un traité de morale un pieu ennuyeux, et semé de lieux communs tirés de tous les livres et de tous les sermons , est écrit d'un ton de sincérité et de naïveté même qui n'est pas sans mérite,. Quelques lecteurs cependant seraient tentés de fermer le livre parce qu'il commence ainsi :
« Quoique les personnes de qualité aient ordinairement
• Genève, i75i,în-4*«
4ao MACHIAVEL.
plus d'esprit et de lumières que les autres , elles ne laissent pas de Ëiire des fautes qui quelquefois ruinent leur fortune et leur réputation. »
L'exemplaire que je consulte porte aussi en marge des notes manuscrites excellentes , mais d'une écriture tellement fine qu'on ne peut les déchiffrer qu'avec un microscope. Enfin, cet ouvragé, destiné probablement alors à être mis dans les mains des élèves de quelque collège noble de France et d'Allemagne, ne peut pas être considéré comme une attaque bien formidable contre les opinions du secrétaire.
Frédéric , ainsi que nous l'avons dit , devait permettre qu'on en appelât du prince royal, maltraité par la sévérité de son père , au roi de Prusse, connaissant mieux le monde et ses exigences. Nous ne décrirons pas ici les combats soutenus par Algarotti pour raccommoder ensemble Frédéric et le secrétaire Florentin, considéré au moins comme écrivain militaire. Nous avons annoncé que hous examinerions à part tous les auteurs qui ont parlé de Machiavel stratège consultant : mais ce qu'Algarotti en a dit, en le considérant comme historien, auteur comique et poète, appartient à l'ordre de discussion que nous suivons en ce moment. Algarotti loue d'abord Machiavel historien, sans faire tort à la gloire de Paruta, qui avait alors obtenu une grande réputation en Italie.
Amant passionné de la Toscane, qu'il appelle un diamant qui pèse peu de grains , mais qui est de l'eau la plus pure % il ne néglige aucune occasion de vanter Machiavel et les autres illustres enfants de l'Athènes étrurienne. A propos de l'idée qu'on avait eue de
■ Je coDsahe Tezcellente éditioD des Opert del eoHte Algarotti, Crénone, 1778-1783,1001. VII, pag. 94*