‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 217 sur 274 · CHAPITRE XLIX. 4a i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX. 4a i

placer, dans les quatre niches ménagées sur les qua* tre faces du théâtre de Berlin , quatre célèbres poètes dramatiques grecs , latins y italiens et français , Algarotti propose son sentiment particulier. Selon lui, les quatre poètes grecs doivent être Sophocle , Euripide, Aristophane et Ménandre; les poètes latins doivent être Plante, Térence : on serait tenté de placer ensuite Sénèque, mais on n'est pas bien convaincu de son droit; cependant on pourrait n'être pas si scrupuleux, à cause de X^paiwreté du Latium dans ce genre d'écrivains. Au lieu de Sénèque, on pourrait admettre Publius Syrus , ou Laberius , primari autori de* mimi, que Jules César aimait assez. Laberius, cependant, serait peut-être exclus par ce vers d'Horace :

Nam sic, Et Labert mimos, ut pulchra peemata mirer '.

Enfin, dans la quatrième niche, il appelle Varius, l'auteur de la célèbre tragédie de Thyeste, qui est perdue, mais très-vantée par les contemporains; ou Ovide , comme auteur de la M édée que nous n'avons pas davantage, mais qui fit verser tant de larmes aux Romains.

Dans les niches des Français , Algarotti ne balance pas à appeler Corneille, Racine, Quinault et Molière. Qu'a dit Voltaire dans le temps? Il n'y a plus à classer que les Italiens. La première place est due au Trissin, qui, le premier parmi les modernes, composa une tragédie che rende adore d*antico. Dans la seconde, le secrétaire Florentin, auteur de compositions de théâtre, et surtout de cette pièce traduite par Rousseau (/a Mandragore) , où se trouvent réunis le style

> Horat, Satir.j Ht. I, X, Tert 5 et 6.

4aa MACHIAVEL.

de Térenee, le vis cornica de Plaute , et qui aurait fait rire Horace lui-même y qui n'aimait pas cependant les plaisanteries de Plaute. Le Tasse, pour son Aminta^ aurait la troisième place, si on ne lui préférait le Guarinî pour son Pdstorfido. Enfin la quatrième place serait attribuée à Métastase, auquel Rinuncini céderait le pas, comme Thespis le céderait à Sophocle '.

Nous voyons qu' Algarotti estimait hautement le talent comique de Machiavel.

Il est malheureux que J.-B. Rousseau, dont on cite ici la traduction , n'ait pas plus réussi dans cet ouvrage. Nous avons lu soigneusement cette traduction : elle est très-faible. Tous les proverbes toscans que le traducteur n'a pas compris, sont laissés de côté; il y a des équivalents qui sont dans nos mœurs et non pas dans celles de l'Italie: mais telle est la force, l'enchaînement de la contexture de cette comédie, que même dans Rousseau, où elle est décolorée, elle excite encore un vif intérêt , malgré l'infériorité du copiste et les nombreuses erreurs qui lui ont échappé.

Dans les ouvrages de Vattel , cet impitoyable ennemi des papes, on retrouve Hobbes, Grotius, Puffendorff, I^ibnitz, Wolff, continuateur de ce dernier, et çà et là les bonnes et les mauvaises doctrines de Machiavel mal séparées , mal défendues, mal combattues. Il copie presque tout ce que dit le Florentin sur \ejustum bellum; il s'éloigne des leçons données à Girolami, et il admet la corruption pourvu qu'elle ait en vue de connaître ce qu'on trame contre son maître. Si Machiavel avait parlé ainsi!... Chaque nation est obligée de se conserver*; le salus populi est proclamé

I Lettre ao baroD de KnobclfdorfT, •or-intendant dea bâlimenta de S. M. le roi de Pmsae, ji Berlin. Loc. cit., tom. IX, p. i3.

' Édit. d*Amsterdani , in-4^, >775? li^* I> chap. n,pag. i5*

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