‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 218 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

maxime évidente ^ Quelles ne sont pas les conséquent ces de ces opinions! Machiavel a-t-il fait autre chose qu'aborder de pareilles questions, quelquefois même avec moins de hardiesse ^ et d'un ton moins dogma* tique?

En 1763, J.-J. Rousseau se présente noblement sur le terrain. Il emprunte à Machiavel j mais il le nomme.

Rousseau dit :

« II importe , pour avoir bien renoncé de la volonté gé« nérale, qu'il n'y ait pas de société partielle dans l'état, et que

chaque citoyen n'opine que d'après lui *• »

Et sur-lé-champ Rousseau, dans une note, indique Machiavel qui dit que dans un état il y a des divisions qui nuisent, et d'autres qui sont utiles. Celles qui nuisent sont celles qui sont formées évidemment par des partis, par l'esprit des factions; celles qui sont utiles sont celles qui se maintiennent sans sectes, sans partis, sans factions , et qui ne sont que le résultat du raisonnement , de l'intérêt du peuple et de la cité ^. Voilà comme Machiavel entend les divisions. On Ta calomnié en disant qu'il en voulait d'autres dans un état. Il est prouvé que les divisions qu'il entend ici, changent tous les jours et à tous les instants, de formes, de but et d'acteurs. Que de gens qui en cela n'ont pas su ou voulu comprendre Machiavel!

Rousseau avait beaucoup lu ; cela est souvent utile. Quelquefois aussi, en lisant beaucoup, on prend dans les autres des opinions fausses. Y oici Rousseau qui s'exprime comme Bacon , comme Conring , comme ceux qui, voulant juger autrement que Polus, Politi et Juste-

> Loc, cU,,Uy. l, cbtp. V, p. 36.

* Contrat social, liv. U, cbap. III. i Istorie fiiw,Yili,

4a4 MACHIAVEL.

Lipse, ont dit que Machiavel a voulu instruire les peuples. Rousseau va donc se tromper; il va attribuer à Machiavel ce qu'il n'a pas pensé , mais ce sera avec égard et presque avec le ton de la louange.

« Uîntérét personnel des princes est que le peuple soit

faible , misérable , et qu'il ne puisse jamais leur résister

Les princes donnent toujours la préférence à la maxime qui leur est le plus immédiatement utile ; c*est ce que Samuel représentait fortement aux Hébreux, c'est ce que Machiavel a fait voir avec évidence : en feignant de donner des leçons aux rois, il en a donné de grandes aux peuples : le prince de Machiavel est le rêve du républicain. »

Rousseau , dans une note , se complaît dans cette idée qui n'est cependant pas raisonnable , quand il dit :

« Machiavel était un honnête homme et un bon citoyen; mais attaché à la maison deMédicis, il était forcé, dans l'oppression de sa patrie, de déguiser son amour pour la liberté. Le choix seul de son exécrable héros manifeste assez son intention secrète; et l'opposition des maximes de son livre du Prince à celle de ses discours sur Tite-Live , et de son Histoire de Florence , démontre que ce profond politique n'a eu jusqu'ici que des lecteurs superficiels ou corrompus. La cour de Rome a sévèrement défendu son livre. Je le crois bien , c'est elle qu'il dépeint le plus clairement '. »

On a vu si Machiavel a fait tant de raisonnements. La lettre à Vettori prouve qu'il était de bonne foi dans toutes ses discussions. U n'a pas pensé un instant, ni à un tyran, ni à la cour romaine. Il a dit, surtout d'après les anciens , et d'après ce qu'il avait sous les yeux, ce qu'il croyait convenable de faire, pour gouverner particulièrement un état nouveau, et par suite tous les états en général.

I Contrat social, Itv. III , duip. VI.

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