CHAPITRE XXVIIL
et des peurs subites. De quelque (AU qua tu portes tes regards , la terre est remplie de larmes et de sang , et Tair, de soupirs , de sanglots et de hurlements '. »
Ces différentes pièces présentent des morceaux de poésie de la plus grande énergie. Ce n'est plus le sarcasme des Decennali: nous sommes loin de la fraîcheur des premiers chapitres de VAsino (TorOy et du sel attique des épigrammes de celui qui a parlé le dernier. Dans cette nouvelle production surtout, on remarquera que tout est force, inspiration, ardeur, malédiction : il y a comme fureur et combat à la massue. 151 8.
Un Capitolo , intitulé Pastorale , est dédié à Jacinto ; on ne sait pas le nom de famille. Le ton de cette pièce est plus doux. L'auteur cependant y rappelle, en passant, ses souffrances et ses douleurs. La description des dons faits par les dieux au moment de la naissance de Hyacinthe, est joyeuse, brillante et colorée de douces empreintes puisées dans les auteurs anciens.
Une pièce, intitulée Serenata, est adressée à une dame pour laquelle il paraît que l'auteur avait conçu un sentiment très-violent. Machiavel ne ressemblait
< Di MDgne son te fosse e V acque sozze, Piene di teste , di gambe , e di mani, E d'altre membre laniate e mozze;
Rapaci uccei > fere silvestri , cani Son poi le lor paterae sepolture.
Ok sepolcri crudei ^ £eroâ e strani I
Sempre son le lor facoe orrende e scure, A guisa d'uom, cbe sbigottito ammiri Per noovi danni , o scd)ite panre.
Dovunque gli ocdû tu rivolti e giri , Di lacrime la terra e stngue è pregna, £ r aria d* urli , singulti e sospiri.
pas à Hippocrate, qui, dit Plutarque, « saluait de loin «f Vénus, en se conservant toujours pur '. » On voit que, dans cette SerenatUy cette dame aimait beaucoup les fruits, et probablement les pommes, car le nom de ce fruit est souvent répété. L'auteur raconte rhistoire de Pomone et de Vertumne, dans laquelle est citée celle d'Anaxarète, nymphe de Chypre, qui fut changée en rocher pour avoir refusé d'écouter Iphis *.
L'auteur dit à la fin qu'il n'est pas encore vieux, que la nature ne l'a pas fait si laid, et qu'il est trèsamoureux. Cette pièce a peut-être été adressée à cette femme dont nous avons vu, dans la lettre à Vettori, qu'il était si épris: alors, elle appartiendrait à une époque antérieure. J'ai cependant peine à croire qu'elle ne soit pas de la date des précédentes ; peutêtre aussi s'agit-il d'une autre passion, ou plutôt, pour ne pas médire, d'une simple plaisanterie de société.
Des chants de carnaval , des chants de diables, des chœurs de dames et d'amants désespérés, des chants d'esprits bienheureux où il est question des armements du Turc ; des chants d'ermites , d'hommes qui vendent Aes pine (pommes de pin), de charlatans qui expliquent leur marchandise, en vers assez hbres, sont aussi l'ouvrage de Machiavel.
On lui doit encore deux stanze que je rapporterai, parce qu'elles sont de vrais modèles de passion mé-
■ PloUrqoe, tradoction de Ricard, tome X, page 187.
* Dans réditioD compacte que Tient de publier M. Paaaigli, Florence , i83iy voitmte unicOf comprenant tontes les ceuTres de Machiavel, on tronre en regard de la SertntUa nne gravure d*nn toucher très - délicat ; c*est un des ornements les plus agréables d*une aussi précieuse édition. Cette grarure repré* sente Vertumne , qui sous la figure d*une vieille , dit i Pomone : « Vois cette vigne, qui s*enlace dans cet ormeau; sans lui elle tomberait à terre, et ne se couvrirait pas de tant de fruits. » Le destin est de M. Nenci , U gravure de M. Viviani.