‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 220 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

fait probaMement être fournie que par une science qu'il faudrait appeler métapolitique y dans le même sens dans lequel on dit la métaphysique'.

Rome va offrir, à l'époque que nous examinons actuellement , une publication très-remarquable. On y imprime un livre, intitulé : La Mente di un uomo di stato , V Esprit dun homme d'état, avec cette épigraphe tirée de Tacite: Forma mentis œterna *. Il parait con licenza de' superiori, avec l'approbation de monsignor Giordani, vice-gérent, patriarche d'Antioche, et de frère Thomas Augustin Ricchini, de l'ordre des prêcheurs, maître du sacré palais* Que renferme ce livre dont le titre annonce ce que doit dire, ce que doit penser un homme d'état ? Ce livre renferme des maximes sur la religion, la guerre et la paix^ sur le droit des gens né avec le christianisme ; sur les vices qui rendirent les grands états la proie des conquérants; sur les lois, la justice, les emplois publics. Le chapitre VIII embrasse à lui seul l'agriculture, le commerce, la population, le luxe, les approvisionnements publics. Les chapitres IX et X traitent des inconvénients de l'oisiveté, des maux qui s'attachent à tin gouvernement corrompu. Le chapitre XI con-» tient divers préceptes de la morale la plus saine. Lô chapitre XII présente la vie d'un bon père de famille. On voit dans le chapitre XIII ce que doit être un excellent prince; dans le chapitre XIV, un ministre; dans le chapitre XV, quels sont les signes auxquels on reconnaît un prince tyran. Le chapitre XVI et dernier récapitule les louanges d'un bon prince, et la sûreté dans laquelle il doit vivre, et enfin l'indi-

> Loc, cit.f tom. II , p. iSg.

* Tacite, Vied'Agricola, Ansterdara, Els«vier, 1649, XLVI, pag. 591.

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gnation qu'excite le tyran, et le danger auquel il est

exposé.

Ce livre , lu attentivement sans doute par le vicegérant et le maître du sacré palais , ce livre remarquable par une singulière force et une rare élégance de style , avait été publié chez un marchand au milieu de la rue del Corso , au centre de la capitale de l'état pontifical, portant en Majuscules l'assentiment des graves censeurs de la cour romaine. On se demanda qui , dans le siècle où l'on vivait y avait pu composer un tel ouvrage. L'obéissance pour les lois du pays , pour les malédictions de l'index , avait été telle que peu de personnes soupçonnèrent d'abord la vérité. Mais il y a toujours des esprits rétifs qui veulent savoir pourquoi on leur défend de lire tel ou tel ouvrage. Il se trouva des personnes qui possédaient , dans le secret de leur cabinet , les œuvres du secrétaire Florentin, et qui les avaient lues avec profit, et l'on reconnut que toutes ces maximes admirables , ces préceptes si excellents, ces leçons si salutaires, que tous ces préceptes de morale et de politique étaient extraits de Machiavel.

Il n'y a pas de lecture plus attachante que celle de la Mente di un uomo di stato. La mauvaise herbe est habilement séparée du bon grain. C'est là qu'on lit avec autant de plaisir que d'attendrissement :

« La loi ne doit pas penser aux choses passée» , mais pourvoir aux choses futures. »

(( Ne changez rien là où il n y a pas de défaut , parce que sans cela tout devient désordre. Mais là où tout est désordre, moins il reste du vieux, moins il reste du mauvais. »

« Les juges doivent être âgés et nombreux : peu agissent toujours au caprice du peu '. »

' Ceue opinion n^avait paa échappé à Montesquieu. Voy. plot baat, p. k^*}.

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