CHAPITRE XLIX
lève des œuvres de Machiavel les maximes coupables , dont il a infecté ses compositions, il est certain qu ensuite il reste Fun des plus ingénieux et des plus profonds écrivains , l'un des auteurs les plus versés dans la connaissance des histoires ancienne et moderne. Tiraboschi combat avec succès Paul-Jove et la misérable supposition que Machiavel ne savait pas le latin , et qu'il devait ses citations à Marcel di Virgilio. Le conseiller de Modène explique très -bien que Machiavel n'est pas un simple compilateur ajustant ensemble les faits et les paroles des anciens, mais un critique judicieux et exact qui examine, confronte, calcule chaque circonstance des événements, leurs causes, leurs conséquences, ce qu'on ne peut dire d'un simple ramasseur de faits '.
A peu près vers cette époque, on suggéra à Mustapha III l'idée de faire traduire en turc le livre appelé Del Principe^ pour l'usage, disait -on, du Grand-Seigneur et de ses fils. Sagredo assure, dans ses Mémoires sur les princes ottomans^, qu'Amurat IV avait aussi fait faire cette traduction. Les Turcs appellent le Florentin Muchiei^eL L'abbé Sestini à qui j'ai parlé de ce premier fait à Florence, en confirme l'existence. Il a même déclaré dans ses lettres à Jean Mariti que la version entreprise pour Mustapha est dans la bibliothèque du sérail : le traducteur, auquel fut adjoint un littérateur turc fort savant, est M. Herbert, drogman. Sestini ajoute que la traduction de Vjinti^ Machiavel de Frédéric accompagne celle du Prince. Le même fait est énoncé dans la préface de la Grammaire turque de M. David ^.
' Tîrabotchi , édit. de "Venise, 1796 , tom. VU» partie W, pag. 54o et smT.
» Venise, 1677, in-4".
^ Londres, i832, p«g. XLIX. Je dois la coramnnîcation de cette dernière
Maintenant je demanderai ce que signifie ce présent que M. Herbert a prétendu faire à Mustapha et à ses enfants. Voulait-il les former à Fécole du Florentin ? Dans ce cas y que signifie le cortège de là réfutation ? Ne voulait-on pas plutôt rendre le secrétaire odieux aux Turcs ? Il n'y a peut-être dans tout cda qu'une flatterie pour Frédéric, qui, en définitive, devait jouer le beau rôle dans cette affaire. On aura dit au Reis^ffendi : « Fiez-vous à la parole du roi de Prusse. Un in- « fidèle d'Italie avait établi pour maxime qu'il ne fal* « kit pas garder sa foi : le prince avec qui vous traitez « a fait ce beau livre, pour combattre celui de l'infi- <c dèle d'Italie qui conseille de telles perfidies. » Quant à la traduction annoncée par Sagredo, je croirais volontiers que celle-là a été entreprise dans l'idée de faire participer les Osmanlis très-franchement aux leçons du secrétaire: mais, en vérité, ils n'en avaient pas besoin , si nous nous rappelons la note de la ceasure, en marge de l'édition de Gaspard d'Auvergne, qui renvoyait aux Turcsi un cohseû violent du Florentin '.
En 1 779, on publia un éloge de Machiavel avec une dissertation sur la société et le gouvernement cwU. Cet éloge devait précéder une édition complète de cet écrivain, qu'on allait publier à Naples. Il est l'ouvrage de l'avocat Galanti.
Il parut, en 178a, une édition contenant une vie de Machiavel et une préfisice rédigées avec un talent tel, que beaucoup d'éditeurs subséquents les ont copiées.
Puis vint un autre éloge de Machiavel par M. le che-
information k mon confrère M. Amédée Jaobert , li éminemment vené daos la connaJManoe de tout ce qni ooncerne les Oamanlia. H va publier one •ecoode édition de set Éléments tU la Grammaire turque, * Voyesplns haat, chap. XLVII, pag. 3o5.