‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 224 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

valier Jean Baptiste Baldelli ; il fut prononcé ^ au milieu des plus vifs applaudissements, au sein de l'Académie florentine , ensuite imprimé , et successivement consulté et reproduit par tous les littérateurs qui avaient à parler du secrétaire.

Je me garderai bien d'oublier ici le sonnet célèbre qu'Alfiéri composa en 1 786 , sonnet dans lequel il énumère les gloires et les illustrations de la Toscane qui lui donnait une si douce hospitalité.

<« Ici naquit Michel-Ange. Ici le sublime compositeur qui sut tisser si gracieusement la trame des écrits amoureux , ici le grand poète qui sculpta en vers si énergiques les travaux odieux de l'enfer, ici l'inventeur céleste qui du fond de nos vallées interrogea le cours des planètes , ici enfin le penseur immense qui exprima si bien les passions coupables du prince, ici même ils recurent le jour, quand on n'avait pas encore défendu de parler, de lire, d'entendre, d'écrire, de penser, chose que maintenant on impute à délit. Il n'y avait pas alors une école de crainte ignoble; on ne voyait pas inscrire au livre d'or l'homme qui savait espionner la pensée des autres '. »

> Qui MichelaDgiol nacque. Qoi il sublime

Dolce tcstor degli anorosi detli ;

Qui il grao poeta , che io si Ibrii rime

Scoipi d' inferiio i oolpi mabdeiti; Qui il céleste inventer, ch*ebhe datl'ime

Valli nostre i pianeti a noi soggetti;

E qui il sovran pensator , ch* esprime

%\ ben dd Preoce i dolorosi effetti; Qui nacquer, quando non veuia proscnito

U dir, leggere , udir, scriver , pensare ,

Cose ch* or tutte appongonsi a delilto. Non V* era scuola aller del rio tremare.

Ne si vedeva a libro d* oro inscritto

Uom, per saper gli altnii pensier spiare. Rime JtAlfieri^ Kehl, 1789, in -8*, pag. 36. De tels ver^ n*oot besoin d*aocnne louange.

M. Guiraudet, en 1798, publia la traduction d'une partie des œuvres de Machiavel : le début d'un discours qui est en tête de l'ouvrage mérite une grave attention.

« Le nom de Machiavel paraît consacré, dans tous les idiomes modernes 9 à rappeler ou même à exprimer les détours et les forfaits de la politique la plus astucieuse , la plus criminelle. La plupart de ceux qui Font prononcé, comme tous les autres mots d*une langue, avant de savoir ce qu il signifie et d*oii il dérive , la plupart, dis-je, ont dû croire d abord que ce fut celui d'un tyran qui surpassa tellement tous les autres tyrans connus, en perfidie et en cruauté, quil mérita d attacher son nom au genre de crime qui avait rendu ceux-là si fameux. »

« Mais combien plus coupable doit paraître cet homme, quand on apprend que simple particulier , sans intérêt comme sans excuse, il n a acquis cet affreux renom que pour avoir donné des levons aux despotes, contre les peuples, sur lart de river leurs fers ! »

« Enfin , l'opinion pourrait-elle être en balance quand tout concourt à la fixer contre cet écrivain ; lorsqu on voit cette théorie de la perfidie repoussée par ceux-là même pour l'intérêt desquels elle semble faite; quand un prince si justement célèbre, Frédéric 11 , qui depuis sur le trône parcourut une carrière politique aussi brillante que hardie, a cru devoir en ouvrir l'entrée en réfutant, dans son Anti-Machiavel, les principes de cet affreux conseiller des rois P .... »

« Cependant quelques-uns de ces hommes, dont l'estime vaut celle de tout un peuple, et dont le jugement peut lutter avec avantage contre celui de leur siècle, avaient laissé échapper sur cet étranger si décrié, une opinion qui dut rendre perplexes ceux qui pèsent les voix plus qu'ils ne les comptent. Un des plus beaux géhies de l'Angleterre, Bacon, avait dit : « Rendons grâces à Machiavel et aux écrivains de « ce genre : en feignant de donner des leçons aux rois, il en « a donné aux peuples. » Ce jugement de Bacon a été repro-

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