CHAPITRE XLIX
de Machiavel : souvent la pensée ne va pas aussi loin que les paroles. On s'agite, on écrit, on conseille, on invoque , on supplie , on se Jette aux genpux d'un homme qu'on adjure d'étrë un libérateur; au bout de tout cela^ on n'a peut-être demandé que du pain. Tai bien peur que dans tout ce bruit, il n*y ait eu, surtout à l'époque où a été composé X Opuscule des Principautés j il n'y ait eu que des motifs très-simples, très-ordinair^, tout-à-fait terre à terre. Quand on souffre, on flatte celui qui peut nous empêcher de souffrir. D'ailleurs, le système républicain et Ae principat mixte ^ tel que celui avec lequel Soderini, bon, trop bon, clément, facile, venait de perdre une si belle partie, était ruiné aux yeux de Machiavel, qui, avant tout, et même avant d'implorer une charité , était un homme de pou^ i^oir^ un homme né pour en comprendre la nécessité, la force, la cause et les maladies : tout naturellement il voulait que la cité fût gouvernée; il voulait , pai'ce qu'il en reconnaissait en lui les moyens et le courage, il voulait qu'une main ferme , mais non pas oppressive, saisit les rênes; il attendait sans doute pour luimême quelques petites parties de ce pouvoir, parce qu'il se sentait l'énergie propre à le défendre, parce qu'il avait en lui la connaissance des hommes et des choses, parce qu'il était, enfin, le meilleur homme d'affaires de tout son temps, et qu'il le savait trèsbien.
Je ferai observer encore que M. Guiraudet attribue à la cour romaine toutes les attaques contre Machiavel; je crois qu'en cela il a tort , et que le zèle a dévoré son ame généreuse y comme Voltaire disait à Frédéric. Moins cette grave erreur, il y a de l'éloquence, et une grande élévation de style dans cette fin de son discours sur Machiavel. Quant aux dernières phrases
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de cette inspiration poétique, elles portent à £aux.
« Quel homme peut songer à des erreurs, s*occuper de quelque injustice, en voyant Fin justice et la calomnie de trois siècles peser dans tous les pays sur la tête d*un homme
qui ne fiit coupable que d avoir aimé le sien! Enfin,
quelle leçon , quelle idée religieuse et philosophique a la fois, son exemple ne présente-t-il pas à Tesprit ! Un écrivain isolé d'une ville dltalie, attaqué, poursuivi après sa mort, pour avoir énoncé une opinion défavorable au souverain de l'univers le plus capable de s*en venger, le plus à même de rendre éclatante la flétrissure à laquelle des écrits puissent être condamnés , puisqu'il dominait sur la pensée, qu'il disposait de la croyance des peuples, et que, gravant d'avance le sceau de l'infamie sur le nom du coupable, il lui donnait pour ainsi dire la contagion du crimcy et le fusait repousser avec horreur par Thomme le moins timoré!.... En vain plusieurs esprits aussi éclairés que hardis élevaient parfois quelques doutes sur la réalité du forfait et la justice de la punition; ib étaient à l'instant réfutés, repoussés et persécutés eux-mêmes par cette légion sacrée aux ordres du souverain offensé, et qu'il avait dispersée sur tout le globe pour exécuter ses arrêts et suivre sa vengeance. Tout aussitôt les foudres se renouvelaient et frappaient à la fois et
l'ancien opprimé et son défenseur Je le demande, qui
pouvait prévoir la fin de ce supplice?.... Ici, les entrailles de
la victime se renouvelaient comme la voracité du monstre
Et cependant cet instant arrive , et la plupart de ses per» sécuteurs ont disparu , et les autres sont sans pouvoir; et la puissance colossale qui les animait tous , est elle-même renversée, et la liberté, qui s'élève sur ses débris, va sans peine accomplir le vœu que l'homme de génie avait formé , et qui
valut tant d'outrages à son nom Mais les peuples de II*
tàlie reconnaissante se rappelleront toujours du moins, quel autre peuple fiit l'Hercule dont les flèches ont percé le vautour et délivré leur Prométhée. »»
Que de dangei*$ on court pour sa réputation de pro-