‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 227 sur 274 · CHAPITRE XLIX. 44i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX. 44i

phète, en lançant ainsi dans la postérité des essais de conquête, comme des faits accomplis à jamais! Que devient cette prosopopéeambitieuse, aujourd'hui que le pontife habite en paix sa capitale , et que les Français sont fort raisonnablement chez eux occupés de leurs affaires qui leur laissent peu de distractions ; au* jourd'hui que le nom de Machiavel est encore, sous beaucoup de rapports à bon droit, maintenu sur la liste des auteurs dangereux , quoique cependant prononcé avec moins d'animosité? La Toscane tout entière, ou mère orgueilleuse d'un tel fils, ou mère indulgente, ne pense pas à le réprouver. Quant aux persécutions attribuées à la cour romaine seule, il est vrai que Polus, Politi, Osorio, Possevin, Bibadaneira, Lucchesini, ont déchiré Machiavel; mais est-ce la cour romaine qui a déchaîné contre lui le protestant Gentillet, Bayle, Barbey rac, Frédéric? Voltaire, Taide de Frédéric, était-il de la Légion sacrée? Rome a vu de mauvais œil des écrits où son autorité était quelquefois menacée, mais c'était Rome qui la première avait livré à la presse les principaux ouvrages du Florentin; et, sans les violences de la Réforme, elle eût laissé continuer l'impression et le débit de ces écrits. Rome donne une raison tirée de l'intérêt de sa politique: elle doit prendre soin de sa conservation, ainsi que Machiavel l'a enseigné à elle et à tant d'autres. Mais Frédéric, séparé de Rome, ou plutôt qui n'avait jamais rien eu de commun avec elle, quel intérêt avaitil , dans sa politique , à suivre les traces de Maurocordato, amant passionné d'Aristo te, et paraissant vouloir excuser jusqu'à la confusion d'idées qui règne dans ses exhortations si difficiles à bien définir ? Pourquoi Frédéric vient-il jouer un rôle de quelques heures, un rôle qu'il fallait répudier pour prendre la Silésie, et par-

44î» MACHIAVEL,

tager la Pologne? Je trouve aussi que M. Guiraudet s'est un peu trop pressé de regarder notre drapeau comme planté à jamais en Italie. Ce pays^ d'ailleurs, comme il en est de tous ceux qui n'ont pas une force nationale sagement combinée , appartient peut-être plus à la puissance qui y est attendue, qu'à celle qui le possède.

Du reste, M. Guiraudet nous a laissé un ouvrage fort estimable dans son ensemble. La traduction de X Art de la guerre y dont il donne la gloire à son collaborateur, M. Hochet, est surtout très-exacte, purement écrite, et je sais que plus d'un militaire l'a consultée avec fruit.

M. Guiraudet avait appelé sur Machiavel l'attention des hommes de lettres français. M. Morellet n'est pas un des derniers à manifester ses opinions sur le machiavélisme ' ; il parlait ainsi en j 802 :

« Je ne sais ce qui est arrivé depuis peu , mais j'entends dans toutes les sociétés des jugements sur le mérite de Machiavel et de Tacite , comme politiques et comme historiens, et des comparaisons entre Tun et l'autre, dans lesquelles on met quelque prévention et quelque passion \ Beaucoup de gens parlent du machiavélisme sans en avoir une idée bien nette.»

Il va rassembler, dit-il , des maximes tirées du Prince de Machiavel. Il énonce ensuite vingt maximes parmi lesquelles il n'y en a que de coupables, parce qu'il les rédige à sa manière , et avec quelque partialité. Il donne pour positif ce qui est souvent conditionnel. Comme Voltaire , il combat dès l'aurore , avant que l'ennemi ait été rencontré; il arrive, essoufflé, au chapitre XVIIï. Quand un écrivain commence par exposer d'une ma-

' Cet article de set ouvrages a été réimprimé après sa mort. Voyvs ses mélanges de littérature, Paris, iSiS, in-8^ tom. IV, pag. 34G.

' Ces agitations de Topinion partaient des Toileries même. Napoléon demandait soQvent aax hommes d*esprit qni loi étaient présentés , ce qu'ils pensaient de Tacite et de Machiavel.

Page 1