CHAPITRE XLIX
nière exagérée, -fausse ou ts^mhiguë, le bien et le mal qu'il va discuter, il excite peu la confiance.
Quel dommage que Morellet ait si mal débuté dans son exposition ! car il va dire une chose neuve et hautement raisonnable : c'est que les conseils du politique italien sont également adressés, ou du moins peuvent l'être, à divers gouvernements, quelque forme qu'ils aient. Il reprend ensuite la vieille idée que Machiavel n'avait recueilli les maximes et dressé le code de la tyrannie , que pour mettre les hommes en garde contre elle. Il ajoute en se contredisant fort mal à propos :
• On peut appuyer cette opinion de Texemple de saint Thomas d*Aquin , qu'on ne saurait soupçonner d*avoir voulu établir cette horrible doctrine ni de lavoir exposée dans la vue de la faire pratiquer. »
« Voici les leçons du docteur Angélique : » « Pour maintenir la tyrannie , il faut faire mourir les plus puissants et les plus riches, parce que de tels gens se peuvent soulever contre le tyran par le moyen de Tautorité qu*ils ont. Il est aussi nécessaire de se défaire des grands esprits et des hommes savants , parce qu'ils peuvent trouver • par la science les moyens de ruiner la tyrannie. Il ne faut pas même qu'il y ait des écoles ni autre congrégation par le moyen desquelles on puisse apprendre les sciences, car les savants ont de Tinclination pour les choses grandes, et sont , par conséquent , courageux et magnanimes; et de tels hommes se soulèvent facilement contre les tyrans. Pour maintenir la tyrannie, il faut que les tyrans fassent en sorte que leurs sujets s accusent les uns les autres, et se troublent eux-mêmes; que lami persécute lami, et qu'il y ait de la dissension entre le peuple et les riches, et de la discorde entre les opulents, car ils auront moins de moyens de se soulever à cause de leurs divisions, etc. '. *
> Salot Thomasi coiumeot. sor AriHtotei pag. 353.
Je ne continue pas la citation de Morellet, car elle est malicieuse; il ne dit pas, comme je Tai dit, en citant aussi saint Thomas , que ces paroles sont les commentaires de la politique d'Aristote, et non les opinions de saint Thomas : c'est déjà assez que le saint ait cru pouvoir accompagner d'explications, de tels préceptes, sans qu'on vienne assurer que ce sont là ses pensées ; c'est assez qu'Aristote ait dit cela, et l'on ne sait pas bien dans quelle intention précise, et que saint Thomas ait aplani les difficultés gi*ammaticales pour les esprits obtus, et fait comprendre la véritable signification des mots, et se soit donné enfin un tel embarras : mais dire, encore une fois, sans citer les commentaires, que ce sont là les maximes du docteur Angélique; dire aussi que sa théologie le met à l'abri du reproche qu'on a fait à Machiavel, mais qu'on ne peut pas accorder la même chose à Machiavel, cela n'est ni juste ni exemplaire dans un ecclésiastique , même après le correctif que j'ai rappelé, ni profondément raisonné dans un moraliste. Nous nous arrêterons à ce dernier reproche.
« On trouve chez le politique italien, qui par là même semble se distinguer le plus fortement de Tacite, une absence totale dans ses écrits de tout sentiment de justice et d'humanité. »
Morellet, traducteur du Traité des délits etdespeinés de Beccaria , l'honorable Morellet , auteur du Cri des familles j qui fit rendre les biens aux condamnés par le tribunal révolutionnaire , aurait dû lire Machiavel; il y eut trouvé des leçons de Justice et d' humanité ^ tout aussi courageuses que les siennes; car enfin une opinion forte, compacte et généreuse, répondait au Cri de Morellet , tandis que Machiavel parlait seul contre les confiscations en présence de César Borgia, de Ferduiand d'Arragon , et de tant d'autres qui s'enri-