CHAPITRE XLIX
chissaient de rapines, et des dépouilles du riche et du vaincu ; il proclamait seul un nouveau droit public, qui n'est aujourd'hui bien établi qu'en France, et qui n'y est reconnu que depuis dix-huit ans.
En 1 8o3 , M. de Rayneval publia ses Institutions du droit delà nature et des gens '. Il distribue son ouvrage, comme Yattel avait distribué le sien , en suivant la méthode de Wolff.
Dans le paragraphe VI du chapitre VII de son livre I*'', M. de Rayneval parle ainsi du salus populi :
• Si le salut public exige impérieusement les mesures extrêmes, il doit sans doute commander, car c*est pour rassurer que les gouvernements ont été établis. Au reste , il serait inutile de £aûre observer combien cette matière est délicate, et combien le péril doit être grand pour réduire une nation à ne plus écouter que le salus populi^ chose bien dangereuse dans son application *. >
M. de Rayneval ajoute en note :
« De toutes les maximes politiques , celle-ci est la plus dan* gereuse, parce que tous les termes en sont vagues, que par conséquent Tapplication en est indéterminée, ou, pour mieux dire , indéfinie : aussi a-t-elle de tous les temps servi à justifier tous les genres d'excès et de crimes ; elle sert d'égide à la tyrannie aussi bien qua I anarchie populaire; on la appliquée à Marc-Aurèle comme à César ; elle est la base de la doctrine à laquelle Machiavel a donné son nom ; elle a été celle de la révolution française en 1789, et surtout en 1793; elle la été également de celle du 18 brumaire: les premières ont couvert la France de crimes et Font livrée à
• Une DonTelle édition de cet ouvrage a para chez Rey et Oravier, à Paria, en iSSi; elle a été publiée par le fils de M. de Rayneval, aajonrdlini ambaaaadenr à Madrid. C*est cette nouvelle édition que j*ai particulièrement consultée.
• Loc. cit. 9 tom. I, pag. 33.
la tyrannie la plus eflroyable ; la dernière l'a sauvée , et c'est en pareil cas qu'on peut donner au mot salus les deux synonymes incoluoiUas^ remedium '. »
M. de Rayneval va un peu loin. Cicéron avait dit, comme on sait, en rapportant le texte des lois des Douze Tables : Ollis^ saluspoptUiy suprema lex èsto. Machiavel ne se sert pas de ces expressions; lui qui était un précepteur du pouvoir, il eut dit plutôt : 5alus principatus suprema lex esto. Le salut du peuple un peu jeté à tout venant, est la doctrine de Charron, puis celle de M. Vattel dont M.de Rayneval avait peutêtre alors immédiatement l'ouvrage sous les yeux*, et enfin celle de beaucoup d'esprits ambitieux qui ont puisé à de semblables sources.
Mais un homme d'un mérite aussi éminent que celui qui distinguait M. de Rayneval , ne pouvait pas méconnaître les doctrines belles, sages et fondamentales qu'avait professées le même Machiavel. Sur d'autres questions, M. de Rayneval, dans son chap XXVII du livre \^ de la Religion et du Culte ^ s'exprime avec une courageuse sincérité.
« n n a jamais existé de peuple sans une religion quelconque, et cette vérité suffirait à elle seule pour démontrer qu'il en faut une aux hommes , aux gouvernements. « Ipsis^ que in hominibus y dit Cicéron', nulla gens est neque tant immansuêta, neque tam/era^ quœ non y etiam siignoret qualem habere deum deceaty tamen habendum sciât, *
« Mois enfin, si de prétendus phiiosûphes se mentent à eux*mémes, croient, avec leur fatalité, leur incrédulité, leur
' Loc, elt,, tom. I, pag. i88.
* Voyez plat haut la citation de Charron et ce qui est relatif à Vattel , pag. 33o et 4aa.
3 Voyei Cicéron de Legibus, chap. Vm, paragr. ai, édition de Leipatck, «8a 7, pag. 1046.