‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 230 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

matérialisme y parvenir au degré suprême de toutes les ver^ tus sociales et domestiques, il n'en est point de même du

Yulgaire des hommes considérés en masse La religion

est nécessaire à tous les gouvernements, et Ion ne saurait concevoir une nation bien organisée, tranquille, heureuse, si elle n a d*autre morale que celle que suggère, soit l'imagination dun enthousiaste, soit Tintérét personnel bien ou mal entendu. Il est également certain que cette doctrine (de n avoir pas de religion) manque d'application, car on ne connaît pas de peuple, soit ancien, soit moderne, soit civilisé, soit sauvage, qui n'ait eu une croyance quelconque ; et la pratique de tous les siècles , des peuples les plus éclairés , peut*elle être considérée comme une erreur ' ? »

M. de Rayneval renvoie surJe-champ à la note suivante :

« lies anciens étaient bien pénétrés de ces vérités, et leurs philosophes se gardaient bien de les attaquer, car ils considéraient le culte religieux comme la principale colonne de l'édifice social. Il est remarquable que l'on puisse, sur une telle matière, invoquer le témoignage de Machiavel , de cet écrivain dont la doctrine a été tant décriée. Nous invitons le lecteur à lire les chapitres XI et suivants du livre I^ de ses Discorsi \ »

Ce chapitre XI est celui-là même où Machiavel Tante les avantages de la religion. Le chapitre qui suit est celui où il déplore l'état des mœurs de lltalie, les abominables excès des prélats de Rome de ce temps, et où d'aiHeurs cet auteur, qu'on dit si impie , prononce ces propres paroles : La Chiesa romana^ Capo délia religione nostra.

Observons que M. de Rayneval ne tremble pas, comme De Lolme, devant la question du poison et

> RayDeraly loc. ait,, pag. 148.

* RAjneral, loc, cii,, pag. aSa.

de r assassinat; il s'écrie : « Peut-on parler de pareils moyens ! »

A la fin de son deuxième volume , M. de Rayneval définit là politique mieux que ne l'a fait Voltaire.

« Le mol politique y dans son acception la plus étendue, signifie Tart de se conduire. Dans un sens plus restreint, mais plus exact , il exprime lart de gouverner les peuples. A cet égard , la politique a deux objets : i* le régime intérieur d'un état; 2" ses rapports extérieurs '. »

Voici maintenant une explication bien franche, bien énergique des intentions générales de Machiavel; c'est M. de Rayneval qui nous la fournit :

«Je laisse aux courtisans, aux flatteurs, à ces êtres corrompus qui ne voient qu*un maître et des esclaves, des machines et non des hommes, le soin de caresser lambition , les passions , les £aiiblesses des princes , de leur enseigner lart de tromper, de ne leur prêcher qu'autorité , pou* voir d'un côté, et soumission aveugle et stupide de lautre. Ces conseillers pervers ne pourraient pas même s'appuyer de l'autorité de Machiavel pour fonder leur doctrine, car cet écrivain, quoiqu'on donne son nom, sans qu'on sache trop pourquoi, à la politique la plus corrompue, établit partout, comme un motif puissant d'une conduite sage, la crainte du mécontentement du peuple. Il trace non des préceptes, mais des exemples à éviter, aux princes qui veulent maintenir le suprême pouvoir par le crime et la tyrannie*. »

M. de Rayneval, avant de terminer son excellent ouvrage, a voulu adresser une noble vérité à Montesquieu.

L'auteur de l'Esprit des lois avait dit :

« Dans les monarchies , la politique iàit faire aux hommes

> Loc. cit,, toiD. n, pag. i65.

* Loc, cil,, tom. II, Append. sar la politique , pag. 17 5.

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