CHAPITRE XLIX
de grandes choses, avec le moins de Tertu qu*elle peut, comme, dans les plus belles machines, Tart emploie aussi peu de mouvements de force et de roues qu*îl est possible '. »
M, de Rayneval réplique :
« Cette opinion de Montesquieu paraît être puisée dans le Prince de Machiavel ; mais au lieu de suivre les développements de Tauteur Florentin , il a voulu réduire sa doctrine en une seule maxime , et par là il l'a dénaturée. Machiavel ne demande pas qu'on emploie le moins de vertu qu'on peut ; il dit seulement qu'il y a des occasions où il peut être nécessaire pour un prince de savoir n'être pas vertueux. Il conseille aux souverains de pratiquer la vertu autant que la fragilité humaine le permet , et de ne s'en écarter que lorsque le salut de l'état leur en fait une loi. On ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il y a dans cette doctrine plus de moralité que dans la maxime de Montesquieu : celle-ci est essentiellement dangereuse pour les princes comme pour leurs agents, tandis que l'autre peut certainement leur servir de guide *. »
M. de Rayneval en ne voulant dire ici qu'une seule vérité , a dit expressément deux vérités très-distinctes : la première est que Montesquieu a puisé dans Machiavel ; la seconde est qu'il n'a pas avoué cet emprunt.
Je ne suis pas étonné du succès qu'obtint l'ouvrage de M. de Rayneval. Il a été lu avec empressement, et demandé surtout à l'étranger, où il a obtenu autant de suffrages qu'en France ^.
U m'a été bien agréable de citer ces opinions d'un
I Esprit d«s loû , livre UI, chap. Y.
* Loc, cit,, notes de TAppend., tom.n, pag. a84-
^ n m*a semblé aussi trouver dans les notes et dans le corps de l'onvrage quelques informations plus récentes d'un style élégant et ferme, que je suis tenté d'attribuer an comte de Rayneval , ce digne héritier de la renommée et des talents de Pami et du conseiller de M. de Vergenfies.
45o MACHIAVEL.
publiciste, à la fois, homme du métier, honoré dans toute l'Europe , et recommandable par sa longue expérience et la réputation de ses écrits.
La notice qui est en tête de son ouvrage nous apprend encore qu'il s'occupa, dans ses dernières années , d'un commentaire sur les Discorsi de Machiavel. Il y jugeait les événements récents, d'après la doctrine de ce grand politique. Malheureusement l'auteur n'a pas pu mettre la dernière main à ce travail, qui est resté trop imparfait pour qu'on ait pensé à le livrer au public.
Je n'ai pas besoin de faire observer ici que, depuis les hautes paroles de Montesquieu, on ne s'adresse plus au Florentin qu'avec le ton de critique et d'urbanité qui est prescrit par la politesse et le bon sens : les temps d'orages et de fureurs sont passés partout : nous verrons à présent s'ils doivent revenir.
Je n'entreprendrai pas l'analyse des opinions de M. Ginguené sur les ouvrages de Machiavel : l'auteur de V Histoire littéraire cC Italie , qui a eu l'honneur d'être vanté si fréquemment dans le pays même de Tiraboschi,a traité d'une manière à la fois neuve, abondante, hardie et éloquente, tout ce qui a rapport à Machiavel; je ne ferai que de courtes observations sur cette immense composition.
M. Ginguené dit que Machiavel intitula d'abord l'opuscule dont il parle à Vettori, De Principatibus ^ et qu'ensuite il l'intitula Del Principe; mais M. Ginguené ne cite aucune autorité. Moi, qui ai tant insisté sur cette différence de titres , j'aurais voulu trouver dans M. Ginguené quelque motif qui soutint ou qui contredît mon opinion , et j'aurais, avec un respect tout naturel, cédé à l'autorité de ce savant, s'il eût apporté une raison propre à me convaincre.