CHAPITRE XLIX
M. Ginguené a commis la faute de tout le monde pour cette recette des pilules , et il a écrit carman. deost ce qui est inintelligible. Il établit que les XXIF, XXXII* et XXIV* chapitres du Prince ne contiennent que des choses communes. Il a lu ces chapitres un peu vite. Quant BuxLegazioni, voici comme il en parle :
« C'est un recueil précieux pour rhistoire, et qui montre constamment un observateur à qui rien n échappe, et un habile négociateur. On ne relirait pas volontiers cette collection un peu diffuse; mais on la consulte avec fruit, soit sur le caractère et les circonstances particulières de la vie de l'auteur, soit sur les événements publics de son temps '. «
Ce jugement d'un homme qui avait été lui-même quelque temps ambassadeur, est trop sévère: nous verrons que Macauley (et il a bien raison) pense que les dépêches de Machiavel méritent les plus grands éloges. Elles pourraient, en effet, servir aujourd'hui de modèle à tout diplomate qui voudrait être exact, précis, en même temps fécond en arguments, et surtout courageux à dire là vérité, mérite bien rare, aussi honorable pour le gouvernement qui la permet que pour l'agent qui ne veut pas la trahir.
Je ne présenterai pas d'ailleurs une analyse d'une des meilleures analyses qu'on ait pu faire. C'est dans M. Ginguené qu'il faut chercher ce qu'il pense sur Machiavel, dont il a parlé avec une entière liberté. Après cette justice que je me plais à lui rendre, je regretterai cependant que dans sa conclusion, en accusant fort à propos les temps *, il n'ait pas quelque peu ex-
I Hîst. lia. d*Italiey 18x9, tom. Vm , cbap. XXXU, section U, pag. i8a.
' Cette mise en accusation des temps d'alors est une chose si raisonnable , et tellement convenae partout , qne le Diario di Jioma, journal officiel du Saint- Siège, en date du 6 mars i833, n° 19, s'exprime en ces ternies sur cette
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cusé celui qui écrivait nécessairement dans ces temps. M. Ginguené lui reproche enfin « d'avoir été générale- « ment et justement regardé comme le conseiller du « crime; d'avoir donné son nom à cette politique ce fausse et coupable qui déshonore quiconque la praa tique ou la professe , politique née dans des siècles a sans lumières , et dans de petites principautés faibles « et ambitieuses, et que, dans un siècle plus éclairé, on a ne peut, sous quelque forme de gouvernement que m ce soit , essayer d'ap[>liquer à de grands états, sans « se couvrir de mépris , et sans montrer autant de mé- <x diocrité et d'incapacité réelle, que de corruption et a d'immoralité. »
Tout cela est bien vrai, bien exact, bien pensé, bien présenté, mais on eût pu ajouter que telle n'était pas toute la politique de Machiavel, que c'est là une portion de sa doctrine, la portion empoisonnée qu'il faut brûler, qu'il faut couper, et qui n'est plus à craindre, et qu'à côté du venin il y a eu , ce qui est à admirer dans un siècle sans lumières, des recommandations qui feraient rougir un siècle de lumières^ des recommandations réitérées qui attaquaient les confiscations; des recommandations si humaines , si nobles , si habiles, si politiques, d'un effet si puissant : cette gloirelà seule pouvait faire choisir un autre nom que le sien pour le vouer à une perpétuelle infamie. Car enfin, là où ne règne pas la confiscation , la cruauté a peu d'accès. C'est l'espoir de s'enrichir, et de distribuer des dépouilles à des favoris, qui a rendu tant d'empereurs romains si sanguinaires. Dans un pays où la doctrine
époque da XVI* siècle , en parlant de Tévéqne de Cbinsi , Bonafede : ■ Fisse m nei CORROTTI e proceUosi tempi dei pontifici Alessandro FI, Giulio 11^ • Leone X , e démente Fil, • Ce sont les quatre règnes pontificaux qn*a tus particulièrement et qn*a dépeints Machiarel.