CHAPITRE XLIX
des confiscations politiques est établie, il n'y a plus ni vertu, ni rangs, ni familles, ni amitié, ni respect pour les lois; tout est livré à des animaux féroces, et tous les partis, l'un après l'autre, subissent l'horreui de ces vob faits au nom de la loi.
L'influence de Frédéric, comme publiciste, n'était plus si active en Allemagne. Il restait assez de gloire au gralid homme de guerre, à celui qui avait fondé la puissance de la Prusse sur des victoires mémorables, et qui avait donné à ce pays une. foule de sages institutions. Les savants allemands manifestaient librement leurs opinions sur Machiavel. Il pouvait au besoin invoquer les suffrages des principaux hommes d'état, qui s'accordaient en général à professer une hautte admiration pour le Florentin ; il pouvait s'enorgueillir des louantes que lui donnaient encore dès esprits studieux de cette docte et judicieuse Germanie.
Mais il est survenu en France des renversements, des caprices de fortune, des retours, des fuites, une restauration , et les partis hors d'eux-mêmes interrogent Machiavel sur ces tremblements de terre politiques. Un écrivain met en présence le conquérant déchu et le secrétaire de la république de Florence. En 1816, il publie un ouvrage intitulé : Machlay^el com-mente par Napoléon Bonaparte^.
L'écrivain suppose qu'on a trouvé dans le carrosse de Napoléon , après la bataille de Waterloo , un manuscrit relié , contenant la traduction de diuers fragments de Machiavel , au nombre desquels était une version du Prince y et de quelques autres ouvrages de cet écrivain, avec des notes marginales de la main
' Voici la suite da titre : fidannscrit trouvé dans le carrosse de Bonaparte après la batailla de MoDt-Saiat-Jean,le x8 juin i8i5, Paris , 1816 , io-S**.
de Bonaparte. L'éditeur parle d'abord ayec peu d'«time, et trop peu d'estime, des traductions de ce traité du Prince par Amelot de la Houssaye, et par Guiraudet^ et il annonce que la traduction qui appartenait à Bonaparte était supérieure aux deux précédentes, ce qui œt vrai , et ce qui serait encore resté vrai, si on l'eût dit avec plus de ménagement; car il y a toujours quelque imprudence à s'écrier, surtout quand on a fait soi-même l'ouvrage qu'on annonce sous le titre emprunté d'éditeur, que<c/ef versions du prédécesseur <c étaient libres, c'est-à-dire, en pareille matière, étaient <c des versions lâches, dépourvues de cette profondeur « et de cette portion d'énergie qui résultent de la mar- « che combinée des faits et des réflexions , des idées « et des sentiments de Machiavel. »
Les époques où, suivant l'éditeur, Bonaparte a fait ses annotations marginales , sont réduites à quatre époques principales : i*^ le temps de son généralat, qui lui servit d'acheminement à la souveraineté; a^ le temps de son règne consulaire ; 3*^ celui de son règne impérial ; 4^ enfin , les dix mois de son séjour à l'île d'Elbe.
L'avis de l'éditeur se termine ainsi ;
« Nous croyons ne pas trop nous flatter en disant qu*il n'existe aucune édition des œuvres de Machiavel qui puisse, autant que ce simple vohime, mettre les lecteurs intelligents à portée de bien connaître Tétendue et la profondeur, la prudence et la sagacité d*un génie qui, au jugement d*A]garotti, « fut, en politique et dans les choses d*état, ce que « Newton est dans la connaissance des sciences physiques et « des secrets de la nature \ »
A la fin de la traduction du livre du Prince se trou-
> Machiavel commenté , etc., préface de réditenr, pag'ZX.