‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 234 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

vent divers extraits des Discorsi accompagnés d'annotations de Napoléon.

L'éditeur, à propos de ces Discorsi^ ajoute en note :

« Cest dans cet ouvrage que Montesquieu et J.-J. Rousseau ont puisé ce qu*ils ont écrit de plus judicieux. L'abbé de Yertot lui doit plus particulièrement les idées profondes et lumineuses qui font le principal mérite de ses Révolu^ lions romaines. L*abbé Conti, Italien , qui se trouvait à Paris quand elles parurent , écrivit au célèbre marquis Maffei de Vérone : « Yous aurez lu l'histoire des RétH}lutions romaines de Tabbé de Yertot. Il a mis en système les reiiiarques détachées que le secrétaire de Florence a £utes sur Tite-Live, mais quelquefois ne les a pas assez approfondies '. »

A la préface succède un discours sur Machiavel cort^ sidéré comme prémunissant les souverains contre les f évolutions , comme domptant V anarchie^ et affermis^ sant les trônes.

On y trouve des explications nouvelles très -favorables au Florentin.

Je ne répéterai pas ici ce que l'auteur avance contre Voltaire, Frédéric, et leur Anti-Machiavel; plusieurs passages de ce discours, qui est une importante partie de l'ouvrage , sont de remarquables morceaux de critique. L'auteur cite des détracteurs du secrétaire, (la rapidité nécessaire de mon analyse ne m'a permis d'en faire mention), le P. Binet, le protestant d'Augsbourg Spizélius, Raynaud, Hubert Languet; car je n'ai pas plus prétendu donner un état exact des détracteurs , que nommer tous les panégyristes.

On distinguera le morceau suivant, que je me garde bien d'approuver aveuglément :

« Or, le livre de Machiavel est, en politique, pour les

■ Optre (UW abbaU Conti, tom. II, pag. ii).

temps difficiles et U maladie des états, ce ({ue les plus rigoureux préceptes de la chirurgie et de la médecine sont pour les grands maux de Téconomie animale dans les individus. Il se compose de rabonnements historiques et d*expériences sur les moyens quelquefois violents sans lesquels n'eût pu revenir au bonheur de Tordre et au charme de la civilisation , cette Italie qui dès-lors et par cela même s'y perfectionna bien plus tôt que toutes les autres contrées de l'Europe. Quiconque, sans être ni politique,, ni tacticien, jugerait partiellement, avec une ame philantropique, chacune des manœuvres perfides ou barbares d'une bataille , aurait droit de prendre en horreur la victoire qui vient en quelque sorte les justifier. Quiconque , ignorant que l'harmonie dérangée dans la nature ne s'y rétablit que par des chocs effrayants qui semblent la décomposer, blâmerait ces orages et ces foudres par lesquels son modérateur suprême y ramène l'ordre et la sérénité , serait un sot bien téméraire et bien ingrat. Tel serait le censeur idéologue qui , voulant les effets sans les moyens et les causes^ vouerait indistinctement à l'exécration certains expédients qui, pour être envisagés avec horreur par son esprit trop étroit, n'en sont pas moins indispensables pour rendre au corps social la santé, la paix et le bonheur'. »

Je crois que ces doctrines peuvent être émises dans des temps de calme où elles n'agitent pas la société ; je crois que dans des temps de trouble , un génie courageux peut les invoquer et les mettre à exécution, mais qu'il y a malheur, danger, inopportunité à les jeter à travers la société dans des circonstances , par exemple, semblables à celles où l'éditeur écrivait en 1816, et à celles où nous existons aujourd'hui.

Ensuite vient la traduction du livre du Prince avec les annotations où Napoléon approuve, réfute, gour-

' Machiavel commenté ^ pag. 33.

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