‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 235 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

mande, Hudtraite tour à tour Machiavel. Il est bien prouvé que ces annotations n'appartiennent pas à Na* poléon. J'en ai vu plusieurs qui annoncent des £adts tout-à-£adt contraires à la vérité : mais elles sont tirées de ses conversations, de ses bulletins, de ses saillies, de ses instructions ; et il faut avouer qu'elles lui ressemblent souvent. Quant aux réflexions qui ne peuvent être de lui , voici une annotation qui n'est pas bien exacte évidemment. Bonaparte dit, à propos du chapitre VUI des Discorsi, où il est question de la prise de Rome par les Gaulois :

« Les Gaulois d aujourdliui lui ont prouvé (à Rome ) tout aussi bien, qu*on n'assassine pas impunément leur am^ bassadeury et que la mort d'un Basseville peut donner prétexte à de terribles entreprises. »

Bonaparte, général, n'a pas dit cela. H savait bien que Basseville n'a jamais été ambassadeur à Rome. Il savait que Basseville, secrétaire d'ambassade à Naples, était venu à Rome comme particulier; que là, n'ayant aucun caractère politique , il jugea à propos de se promener al Corso , un dimanche soir , après avoir fait att;^cher quatre drapeaux tricolores aux quatre coins de sa voiture de louage ; que cette sorte de provocation coïncidait avec le moment où l'on jugeait le roi Louis XVI à Paris ; que le peuple hua d'abord la voiture , puis celui qui y était traîné , et qu'ensuite des hommes furieux, que la garde ne put contenir, forcèrent Basseville à descendre de la voiture; que d'autres cherchèrent à le faire cacher dans la maison du banquier Moutte; que les premiers l'y découvrirent; qu'un d'eux le frappa d'un couteau avant que la troupe, appelée à son secours, fut arrivée; Napoléon savait cela très -bien, et il n'a pas dit ce qu'on lui attribue

pag. 3o3, de Texamen desDisconij dans l'ouvrage que nous avons sous les yeux en ce moment.

Si Fauteur, que je ne nomme pas, parce qu*il ne s'est pas nommé, et qu'il est vivant, voulait publier à part sa traduction du Prince et des passages des Dis-corsi, en laissant de côté ces annotations absolument inutiles, et qui d'ailleurs n'auront jamais un caractère de vérité, il publierait un travail digne de beaucoup d'éloges. Cette traduction et les notes de l'auteur qui l'accompagnent sont excellentes, et je crois, moi , à qui il convient mieux de le dire que cela ne convient à l'auteur, que ce serait la meilleure traduction qu'on aurait publiée jusqu'ici.

Un critique vient, en général, de traiter honorablement Machiavel ; un autre auteur va parler de lui sur un autre ton. M. Mazères fait imprimer un ouvrage, intitulé : De Machiai^el^.

Sa préface commence par ces mots à brûle pour^ point

« Tacite a fait des romans y Gibbon est un clataudeur, « Machiaifel est le seul livre qu on puisse lire. » Voilà, si Ion en croit l'Histoire de l'ambassade en Pologne, comment s'exprimait Bonaparte. »

Je crois bien que M. de Pradt a dit la vérité , en répétant ces phrases de Napoléon ; mais comme il parlait d'historiens qu'il opposait à Machiavel, il est naturel de penser qu'il s'agit pour Napoléon de Machiavel historien. Je trouve à ce sujet des informations peu connues dans ime petite notice de M. Louis Barbier *.

I De Machâyel et de rinflaesce de fa doctrine ftor ks opinions, lee omni» et U politique de la France pendant la révolntion, par M. Mazères, Paris, 1816, in-8*.

' Notice biographique et littéraire sar M. Antoine Alexandre Barbier, ex-

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