CHAPITRE XLIX
« Lors du départ de Napoléon pour Farniée , il emportait une bibliothèque de voyage ccmiposée, en petits formats^ de ce qu'il y avait de meilleur en littérature, en histoire, et en livres relatifs aux pays qu'il devait parcourir. »
« L'empereur ayant remarqué qu'il manquait dans cette bibliothèque plusieurs ouvrages importants, et ayant appris que la grandeur du format n'avait pas permis de les y pla** cer, conçut à diverses époques le projet (qui ne fut jamais exécuté) de faire imprimer, pour son usage, une biblio* thèque dont il traça lui-même le plan '. »
A ce sujet, M. le baron Menneval écrivit à M. Barbier la lettre suivante, datée de Bayonne, le 17 juillet 1808:
« L'empereur désire se former une bibliothèque portative d*un millier de vohimés^ petit in-ia, imprimés en beaux caractères. L'intention de S. M. est de faire imprimer ces ouvrages pour son usage particulier, sans marges, pour ne pas perdre de place. Les volumes seraient de cinq à six cents page^, reliés à dos brisé et détaché , et avec la couverture la plus mince possible. Cette bibliothèque serait composée d'à peu près quarante volumes de religion , quarante des épiques, quarante de thé&tre, soixante de poésie, cent de romans , soixante d'histoire. »
« Le surplus , pour arriver à mille , serait rempli par des mémoires historiques de tous les temps. »
« Les ouvrages de religion seraient l'ancien et le nouveau testament , quelques épîtres et autres ouvrages les plus importants des pères de 1 église; le koran , de la mythologie... »
« Les épiques seraient Homère, Lucain, le Tasse, Télémaque, la Henriade, etc. »
« Les tragédies : ne mettre de Corneille que ce qui en reste; ôter de Racine les Frères ennemis ^ \ Alexandre et les
admiDistrateor des bibliothèques da roi , etc., par M. Louis Bsrbier fils aine. Paris» jauTier 1817, in-S^
■ Notice sar M. Barbier , pag. 10.
46o MACHIAVEL.
Plaideurs; ne mettre de Grébillon que Bhadamiste^ Atrée et Thyeste; de Voltaire, que ce qui est resté. »
« L'histoire : mettre quelques-uns des bons ouvrages de chronologie, les principaux originaux anciens; ce qui peut faire connaître en détail l'histoire de France. »
« On peut mettre comme histoire^ les Discours de Ma-chiauel sur Tite-Liçe^ C Esprit des Lois y la Grandeur des Romains ; ce qu*il est convenable de garder de Thistoire de Voltaire. »
Nota. « Il ne faut mettre de Rousseau , ni Y Emile y ni une foule de lettres , mémoires , discours ou dissertations inutiles. Mêmes observations pour Voltaire '. »
On voit ici le cas que Napoléon faisait des Discorsi. Alors M. Mazères semblerait avoir tort de dire que Napoléon n'avait pour guide que l'auteur du Prince.
La préface achevée, le début du livre de M. Mazères est très-sage.
« Machiavel , de tous les écrivains célèbres le plus connu sur parole , est celui dont on connaît le moins les ouvrages. •
Plus loin , après avoir établi que Machiavel a eu beaucoup de détracteurs et de panégyristes, il ajoute :
« Il faut en convenir, ces jugements contradictoires , ces opinions divergentes , ces éloges d'une part et ces reproches de Fautre^ sans caractériser Machiavel, le présentent cependant à nos regards comme un homme extraordinaire. Avec un mérite vulgaire, on n*excite pas de si longues controverses , on ne divise pas ainsi les hommes éclairés de tous les siècles et de toutes les nations; et lorsque le public, d'accord sur de grands talents , discute seulement sur leur direction plus ou moins morale , il y a tout a parier qu'un écrivain capable d'agiter si fortement les esprits, mérite d'être approfondi. »
' Notice sur M. Barbier, pag. loet soît.