CHAPITRE XLIX
L'auteur expose ensuite les explications données par M. Guiraudet , et il parle ainsi de Voltaire :
« Voltaire , devenu l'éditeur et le correcteur de VArUi' Machiavel du grand Frédéric, ne pensait pas, à beaucoup près, comme M. Guiraudet. S'il n'avait pas jugé Fauteur du Prince coupable de lèse-humanité , bien certainement il aurait pris feu pour le venger au lieu de le combattre. »
« Une victime de l'inquisition eut toujours plus de droit à sa protection qu'à ses censures; il en était, en quelque sorte, le défenseur né. Si donc il l'a combattu, c'est parce que Clément VIII ne frappa que de vains coups sur sa mémoire , et qu'à ses yeux l'ouvrage du Prince parut un délit plus fût pour exciter son indignation, que la vengeance exercée sur l'auteur par la cour de Rome. Il faut en convenir, M. Guiraudet , le plus ingénieux , le plus subtil des défenseurs de Machiavel , n'a mis que de l'art et du talent dans une cause où sa conscience littéraire devait nécessairement se trouver à la torture. »
M. Mazères soutient que puisque Voltaire et Frédéric, ou, pour parler plus chronologiquement, Frédéric et Voltaire, ont attaqué Machiavel, celui-ci doit être condamné. Les raisons de M. Mazères sur ce point de discussion ne sont pas encore très-puissantes. Il est un peu subjugué par la réputation du souverain et du philosophe. M. Mazères dit ensuite, après d'autres observateurs , mais avec beaucoup d'élégance et de vivacité, que les Discorsi ont fourni la première idée des Causes de la grandeur et de la décadence des Romains.
« La sagacité des aperçus , la profondeur des vues , l'usage lumineux de l'histoire dans des rapprochements brillants d'évidence , l'enchaînement des causes et des effets , la richesse de la matière , les résultats instructif , semblent rapprocher ces deux productions '. »
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46a MACHIAVEL.
Puis il attaque assez violemment les Discorsi sous le rapport de la moralité. Ce sont, il me semble, des reproches applicables à quelques parties du livre des Principautés que l'auteur jette ici à ime autre adresse : cependant il y a dans ce passage des points de logique exacte où j'aime à me rencontrer avec M. Mazères.
Il réfute Linguet : mais auparavant il cite le jugement de ce célèbre avocat sur Machiavel.
« Un très-grand homme, dont le nom est flétri aujourd'hui par une de ces singulières inconséquences qui ne sont pas
rares dans la nature, a £siit un discours, etc Chaque fois
que je jette les yeux sur les ouvrages de ce génie , je ne saurais concevoir , je lavoue , la cause du discrédit où il est tombé. Je soupçonne fortement que ses plus grands ennemis sont ceux qui ne Tout pas lu , et ceux qui abusent le plus de ses maximes. »
Les raisons que M. Mazères donne contre Linguet sont les raisons suivantes. Ce dernier abusa de son esprit pour donner de la vraisemblance à des paradoxes bizarres. Il déclara très-sérieusement le pain un véritable poison. U porta jusqu'à la folie le scepticisme dans l'histoire. Il dit qu'il ne faut pas croire chacun des faits qu'a rapportés Suétone. Affranchi de toute pudeur, il traita Tacite à peu près comme Fauteur des Douze Césars; il osa se constituer le défenseur de Tibère et de Néron : et l'on conviendra qu'un tel homme devait se constituer le défenseur du Théoricien du crime, M. Mazères , quoique venu après Voltaire , a trouvé une dénomination nouvelle.
Je suis avec plaisir M. Mazères dans des critiques du livre des Principautés , où je trouve qu'il raisonne sagement et sans amertume. Il traduit souvent heureusement des passages du secrétaire, mais ce n'est