‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 239 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

si loin la rancune d'un marché mal conclu, ou mal tenu, ou trop payé? Que signifie Machiavel dans cette affaire PU est né en Toscane; il est généralement aimé, honoré, défendu, lu, admiré, ménagé en Toscane, et il n'y a pas de pays où la population soit plus polie, où le paysan soit plus instruit, la paysanne plus accorte, et la totalité de la nation plus probe, et plus franche avec les étrangers. Croirons-nous que les gondoliers ont étudié Machiavel ? On les a bien entendus chanter les stances du Tasse. Ont-ils médité les doctrines du pouvoir de Frà-Paolo Sarpi ? Celui-ci ne s'arrête pas aux ruses, il demande à haute voix les confis^ cations y qui amènent les discordes publiques : il ne dit pas qu'il fsiut escroquer un sequin à un étranger; il dit qu'à la moindre ingérence de cet étranger dans les affaires de la ville, il faut le faire mourir. A Naples, une exubérance de population conduit sur la place ime foule de malheureux qui se défendent de la faim, de la cruelle faim, de la faim mauvaise conseillère j par des moyens quelquefois déshonnétes; mais c'est la faim qui les incite, c'est un état de dessèchement du corps , rapidement provoqué par des chaleurs étouffantes, et inévitables sous l'influence d'un air vif et pénétrant qui développe le besoin d'aliments; et ce n'est pas le livre de Machiavel qui est la cause du vol de quelques mouchoirs. Je laisse les conclaves, où M. Minières n'a pas été admis; mais qu'il soit assuré qu'il ne s'y commet pas plus de malices qu'on n'en commettait à l'élection du grand-maître de Malte, des doges de Venise , des rois de Pologne , et dans tous les pays où le chef est élu. Dans les conclaves, de pieux cardinaux français, allemands, espagnols, ont été' aussi habiles, aussi bons juges du cœur humain, que pouvaient l'être les nationaux.

Il y a partout des fripons; il y en a à Paris, à Mar« seille , à Bordeaux ; il y en a à Londres ; il y en a à Leipsick, à Pétersbourg; Lesage nous a signalé ceux d'Espagne. U y en a aussi en Italie; il y en a probablement beaucoup à Venise, puisque M. Mazères y a été si cruellement trompé ; il y en a à Naples ; mais en général il y en a peu à Turin , où la police est sévère; à Milan , où elle veille entièrement sur ce genre de délit; et enfin, je ne crois pas qu'à Rome M. Mazères trouve ses autorités chez les fiers et incorruptibles Transtévérins; il y en a peu à Gènes, où tout le monde gagne sa vie , et enfin , comme je me plais à le dire , la Toscane est le pays qui en présente le moins: c'est cependant le pays où l'on conserve encore les manuscrits originaux du Théoricien du crime.

La part de la critique est finie. Rien n'est plus judicieux que les opinions avancées par M. Mazères sur l'avant-dernière guerre d'Espagne, sur les violences exercées contre Pie VII, et les conclusions de cet auteur sont celles d'un honnête homme, ami de la paix, et des institutions nécessaires à la France.

Je ne repousse aucun des détracteurs de Machiavel , parce qu'il semble à présent qu'aussitôt qu'un adversaire a cessé de parler, un ami se lève tout-àcoup, et prend en main la défense de l'accusé. \ En 1823, M. Aignan a publié plusieurs traductions

/ de divers morceaux de Machiavel. Dans une notice

;v^ I préliminaire, il débute ainsi :

« Si Tadmiration publique élevait un temple aux génies universels y Machiavel serait placé au premier rang. Que le même homme , après avoir sondé , jusqu'à une effrayante profondeur, les abîmes de la politique, ait ouvert à l'histoire des voies aussi larges que nouvelles , qu'il ait tracé avec l'^/zgle du lion des préceptes à Fart de la guerre, et avec \^ griffe

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