‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 240 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

du renard des modèles à la diplomatie 9 déjà sans doute il y a matière à s étonner : mais la surprise est au comble , quand nous le voyons encore créant la bonne comédie et le conte philosophique y et mêlant quelques feuilles des lauriers du Parnasse à tant de palmes immortelles. »

« Les œuvres politiques et historiques de cet homme ex* traordinaire, qui ne fut ni meilleur, ni pire que ses contemporains , sont répandues et appréciées dans l'Europe entière ; mais ses opuscules poétiques ou badins ^ que nulle traduc^ tion ne nous a fait connaître y ne comptent parmi nous qu'un très-petit nombre de lecteurs. Ceux que je présente ici sont : Belpkégor, satire en prose; Y A ne d^or^ satire en vers, qui pourrait être mieux intitulée la Ménagerie ^ et quelques chapitres ou discoiu'S moraux, en vers également. »

Les traductions de M. Aignan sont correctes et agréables; elles ont cependant les défauts dans lesquels ne peut éviter de tomber un écrivain qui n'a pas vu le pays dont il doit parler, et qui ne consulte pas ceux qui Font habité. Il traduit la via de' Martelli, par la rue des Marteaux. Martelli était le nom d'une ancienne et illustre famille de Florence, Il traduit mia duchessa^ par ma duchesse : mais ce sont là des taches légères. Sa version des Capitoli de Y Occasion, de la Fortune, de Y Ingratitude et de Y Ambition est très-élégante.

Je suis arrivé au grand ouvrage de M. Périès qui semble être venu répondre, sur-le-champ, à M. Aignan I V se plaignant de ce qu'une partie des oeuvres de Machiavel n'était pas traduite. M. Périès dédie son important travail à M. le marquis de Lauriston. Après les compliments d'usage, il continue ainsi :

« Il n'est pas de contrée en Europe où n'ait pénétré la renommée de Machiavel. Politique profond, historien habile, tacticien d'autant plus extraordinaire qu'il ne porta jamais les armes, cet auteur joint à ces qualités éminentes, qui le rendent un des personnages les plus illustres d'un siècle et

d'un pays ai féconds en grands hommes , le mërtte d avoir ëté Tun des premiers, parmi les modernes, à fiiire revivre sur la scène le génie comique des anciens. »

« Cependant, par une fatalité qu'il serait trop long d'expli* quer, le nom de Machiavel est devenu, pour ainsi dire, 1 equivalentdela perfidieet de l'immoralité publiqucTespère qu'une lecture des œuvres dont j'offre la traduction au public, dissipera bien des préventions, et que Y. E. n'aura rien à redouter de voir son nom protéger le nom du secrétaire Florentin . »

Une Histoire de JUachiauel^ fort bien écrite, précède tout Touvrage. L*auteur a travaillé sur l'édition de Milan, 1820; il suit la classification donnée par cette édition , et qui est toute différente de la méthode que j'ai adoptée : car on a vu que j'ai rangé les ouvrages par ordre chronologique. M. Périès a donné exactement les notes italiennes, mais il a été trop avare des siennes, surtout pour plusieurs passages où il n'y a pas à espérer qu'une explication politique vienne dltalie. A la suite de la version du Prince j qui est fidèle, mais où l'on reconnaît quelquefois que la traduction du même ouvrage, dont nous venons de parler % a été consultée par le nouveau traducteur, on a placé Yjànti-Machiai^el de Voltaire. Cela n'était ni à propos, ni nécessaire, à moins que ce ne fut dans utié intention bienveillante pour Machiavel ; et, dans ce cas, il n'y a rien à dire. La version des Discorsi fera long-temps honneur à M. Périès. Il avait quelques secours pour XJrt de la guerre^ et il me semble qu'il en a profité. Il manque aux comédies quelques traits de locahtés , qui ne sont pas assez positivement rendus. Les poésies sont mieux senties que les comédies. Il y a quelques fautes, mais en petit nombre, dans les Legazioni et les lettres familières. La Mente di un

' Voyez pag. 458, ce que nous avom dit du Machiavel eowuitêftié, etc.

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