‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 24 sur 274 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Nous avons terminé l'examen de toutes les poésies détachées de Machiavel. Nous rencontrerons encore des vers dans une comédie imitée des anciens ; elle se présentera à son tour. Notre attention actuellement doit se porter sur un ouvrage intitulé : Capitoli per una blzzarra Compagnia,

A la gaîté qui règne dans cette dernière composition , on peut croire qu'elle a été écrite par l'auteur dans un intervalle de temps où sa situation était moins péqible, ou au moins , dans un de ces instants où le coumgfB, qui nous a quelquefois abandonnés, revient tout-à-coup , on ne sait par quelle influence , à la suite de la plus innocente distraction, rendre du calme, et quelquefois même laisser arriver de la joie et du plaisir. Il ne faut souvent pour cela qu'un jour de beau temps , une lettre d'un ami , une pensée douce rencontrée dans un livre, un air de musique, une seule parole gracieuse d'une femme , la vue d'un être plus malheureux qu'on n'est soi-même, la patience, l'espoir, et, avec ces deux forces morales, la sérénité reparaissant sur le visage de ceux qui souffrent auprès de nous.

Quelle qu'ait été la circonstance qui a cpnsolé Ma^ chiavel, on ne peut pas ne pas reconnaître que lorsqu'il a composé ces Capitoli^ il était dans un accès de

liberté d'esprit , de satisfaction intérieure , et même de gaîté presque bouffonne.

Nous rapportons cet ouvrage à l'époque de iSiq.

Le ton du début a quelque chose de sérieux, comme le préambule d'un traité entre de grandes puissances ; la suite n'en devient que plus plaisante.

i519. « Les hommes et les femmes se sont quelquefois rassem* blés pour prendre des divertissements agréables, et il est arrivé qu'ils ont fait des choses amusantes et d'autres désagréables. Comme jusqu ici on n*a pas trouvé le moyen de rendre les choses amusantes plus amusantes, et les choses désagréables moins désagréables ; comme aussi on a pensé quelquefois à faire des niches , et qu elles n'ont pas eu d effet à cause du peu d'habileté de celui qui les avait inventées , il a paru à un homme , qui a quelque cervelle et quelque expérience du caractère des hommes et des femmes , qu'il était convenable d'ordonner, nous voulons dire, de régler une compagnie, de manière que chacun pût imaginer, et en imaginant , faire les choses qui divertissent les hommes et les femmes , et chacun d'eux en quelque manière. Donc il est décidé que la compagnie sera et entend être soumise aux règlements ci-après arrêtés et délibérés d*un commun accord , ainsi qu'il suit : »

« Aucun homme, au-dessous de trente ans , ne pourra faire partie de la dite compagnie , et les femmes pourront y entrer à tout âge. »

« La dite compagnie aura un chef, homme ou femme, qui sera élu pour huit jours. ^

« Quiconque ne rapportera pas dans le courant d'un jour tout ce que l'on fera dans la dite compagnie , sera puni de la manière suivante : Si c'est une femme, on suspendra ses pantoufles dans un lieu où tout le monde pourra les voir , avec un écriteau où son nom sera en toutes lettres ; si c'est un homme , on suspendra ses hauts-de-chausses retournés , dans un lieu éminent où chacun puisse les contempler. »

<( On devra toujours dire du mal l'un de l'autre, et s'il

Page 1