CHAPITRE XXIX
arrive des étrangers , on révélera leurs péchés et on les publiera sans aucun respect humain. »
Nous laisserons quelques articles en arrière, parce que l'auteur, dans sa veine de gaîté satirique, a un peu passé les bornes.
Voici encore des articles du même traité :
« On ne pourra jamais dire du bien Tun de Tautre; et si quelqu'un contrevenait, il serait puni comme il est dit cidessus. »
«c SU arrive qu'un homme se trouve trop beau , ou qu une femme se trouve trop belle ^ et qu'il existe un témoin qui prouve qu'ils l'aient dit, ils seront punis, etc. »
« Si un homme ou une femme de la compagnie commence à dire quelque conte , et que les autres le laissent continuer, ils seront condamnés à la peine qui paraîtra convenable à celui ou à celle qui aura commencé le conte. »
« On décidera toujours, dans la compagnie, en laveur de la minorité, et ceux qui auront le moins de voix obtiendront la préférence. »
« S'il a été dit un secret à quelqu'un de la compagnie, par un de ses frères ou par tout autre, et qu'après deux jours, il ne l'ait pas publié, il aura, homme ou femme, encouru la peine de faire toute chose dans son contraire, sans pouvoir jamais s'en racheter par aucune voie directe ou indirecte. »
« Dans la compagnie, on ne pourra garder le silence, et plus on bavardera tous ensemble, plus on méritera d'être loué. Celui qui, le premier, cessera de bavarder, devra être assailli par tous les autres, jusqu'à ce qu'il ait rendu compte de la raison pour laquelle il a discontinué. »
« Personne ne doit ni ne peut demander un service à quelqu'un de la compagnie. Si on donne une commission à quelqu'un , il doit faire tout le contraire. »
« Chacun est obligé d'envier le bien des autres et de leur faire tous les torts qu'il pourra. Quiconque pouvant le faire , ne le fera pas, sera puni au gré du chef. »
5o MACHIAVEL.
m Celui qui aura dit le plus de paroles , et tiré le moins de conclusions, sera le plus honoré, et le plus recommandable. »
Les peines, à mesure qu'on avance, deviennent plus terribles; on est condamné à regarder avec des lunettes le géant de la place ^
« Tout homme ou femme, pour donner réputation à la société , doit se vanter de posséder ce qu*il n*a pas , et de faire ce qu'il ne fait pas. Si jamais il dit la vérité , et que par cette vérité il accuse sa pauvreté ou tout autre malheur, il sera puni au gré du Prince, »
■ C*est U fltatne de David par Michel- Ange; elle fiit sculptée par ce grand homme , quand II n*avait encore qne ag ans. Le bloc avait été ébauché par Simon de Fiesole, qui avait voulu en foire un géant qu*on aurait placé dans Téglise de Sainte Marie del Fiore ( la cathédrale ) ; mais le marbre ayant paru de mauvaise qualité, Simon avait abandonné son ouvrage. Michel-Ange ajant vu ensuite ce marbre, et examiné avec attention Tattitude et les point* déjà tracés, crut pouvoir parvenir à en faire nue figure remarquable. Il demanda le bloc à Pierre Soderini, qui était alors gonfalonier perpétuel : celui-ci Fayant accordé , Tartiste composa on modèle en cire qui représentait un David tenant une fronde à la main. Le modèle approuvé, la statue fut bientôt achevée, et en i5o4, elle fut portée sur la grande place, devant le palais èt% Signori, Il arriva alors un fait singulier. Michel- Ange était occupé à la retoucher : Soderini descendit du palais pour considérer la statue ; elle lui plut beaucoup; cependant il dit que le nés était trop long. Michel-Ange remarqua qne Soderini qui avait la vue basse, ne pouvait pas distinguer la vérité. Il voulut pourtant donner tonte satisfaction an chef de la république; de la main droite il prit promptement son ciseau, et de Taotre main un peu de poussière de marbre. Étant monté sur \t ponte (Téchafaud), il feignit de toucher le nez de David , et il laissa tomber peu à peu la poussière qu*il tenait dans la main , puis II demanda à Soderini ce qu'il en pensait. « Actuellement elle me « platt bien davantage , répondit celui-ci , et vous lui avez donné la vie. »
Jilttstrazione storica del palazzp deUa signoria, Florence, 179a.
Dans les tumultes qui eurent lieu à Florence en z5a7 , une pierre lancée avec force, du palais des Signori , rompit le bras gauche de cette sUtue, et entama jusqu'à répaule. Ce dernier fiiit est rapporté par Varchi, édition de Cologne , 1711 , in-fol. , pag. 36.
On appelait vulgairement cette statue U géant de la place : c'est ce géant que le législateur de \» compagnie bizarre veut qu on regarde avec de» lunettea.