‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 241 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

uomo di stcUOj étant particulièrement un extrait des Discorsi^ du Prince et des Histoires j participe à Fexcellence de la traduction de ces trois parties des œuvres du secrétaire. En général , Fouvrage de M. Périès est un bon ouvrage; son succès ne m'a point étonné : il a été rapide, et il doit avoir contribué à faire déjà connaître plus intimement parmi nous le grand Machiavel. C'est à l'occasion de la publication de la traduction de M. Périès % qu'Hoffmann a lancé dans les feuilles des Débats plusieurs articles sur le secrétaire Florentin. Les opinions d'Hoffmann, de ce spirituel journaliste, ne peuvent être déplacées dans cet ouvrage.

« Voltaire a dit quelque part que pour bien apprécier les anciens ^ il faut se transporter dans les terres et dans les lieux où ils ont vécu. Cette pensée est juste et si naturelle qu'elle appartient atout le monde; mais tout le monde n*est pas

capable de suivre le conseil qui j est exprimé Avec nos

idées nous jugeons des peuples qui avaient d autres idées. Les devoirs qu'on nous impose aiyourd'hui sont la règle à laquelle nous voulons soumettre des hommes auxquels on prescrivait d autres devoirs. Bien convaincus de cette fausse maxime , que le genre humain s'est toujours perfectionné en marchant y nous décidons hardiment que le juste et l'injuste d'aujourd'hui ont dû être le juste et l'injuste de tous les siècles. Voilà pourquoi Bfachiavel n'est qu'un fourbe, un scélérat, un monstre, aux yeux de certains lecteurs , tandis que d'autres admirent sa véracité, sa pénétration, son talent, sans suspecter sa probité ni ses mœurs. Les premiers le jugent comme s'ils l'avaient vu hier se promener aux Tuileries ; les autres ne le voient qu'entouré des Alexandre VI, des César Borgia , des condottieri^ les Achille et les Ajax de cette époque. »

« On croit trop facilement que la barbarie du moyen âge avait cessé à l'apparition des Médicis ; mab des h{d[>itudes de

' Doazc vol. in- S*', Paris, Michaud, i8a5— iSa6.

mille années ne se réforment pas par un coup de baguette. Jusqu à la fin du XYP siècle on retrouve à chaque instant priscœ vestigia fraudis y et Machiavel écrivait avant la fin du quinzième (il fallait dire au commencement du seizième), pendant Tagonie d'une république turbulente, et pendant les premières années d'une domination dont elle s'était violemment affranchie. »

« Il ne sera pas possible de porter un jugement impartial sur les œuvres du publiciste Florentin , si Ton ne se pénètre des vérités suivantes. A 1 époque où Machiavel écrivait, comme à celles qui Favaient précédé , on ne distinguait pas subtilement la bonne et la mauvaise guerre. Toute guerre consistait à faire le plus de mal possible à son ennemi , par quelque moyen que ce fût. On ue se contentait pas de nuire au gouvernement qu'on attaquait, on sévissait avec cruauté contre les peuples même , quelque innocents qu'ils fussent des fautes de ce gouvernement. L'inimitié politique était une haine individuelle. Le vœ victis était le cri patriotique. Le dolus an virtus était la maxime régulatrice du citoyen , comme du guerrier. Garder sa foi envers son ennemi aurait paru un acte de faiblesse , quand le parjure pouvait être utile. Hé quoi ! vous aurait dit un politique , il m'est permis d'égorger mon ennemi , et il me serait défendu de le tromper ! On ne s'apitoyait point alors sur le sort d'un prince qui par trop de confiance avait perdu le trône et la vie. On se moquait de sa sottise...^.. «

« Dans le temps de Machiavel , les ennemis ne se gisaient des poUtesses que pour se tromper. Et tromper était louable, s'il était avantageux Ce publiciste ne donne pas de conseils sur des choses à faire , mais sur des choses faites, qui ne laissent plus à l'ambitieux que la triste faculté de choisir entre deux mauvais partis '. »

Ici M. Hoffmann retrace les opinions de ceux q[ui croient que Machiavel a donné des leçons de tyrannie;

^ OEavres de F. B. Hoffmano , 1829, P*K- ^^^ ^ ^^^•

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