‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 242 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

de ceux qui soutiennent qu'il a exposé d'une manière indirecte ce que font la plupart des princes; enfin, de ceux qui établissent que, par esprit de républicanisme , il a voulu rendre les princes odieux et méprisables. M. Hoffmann rappelle Topuscule de Principa-^ tibusy et déclare que le Florentin n'a traité que de l'origine des Principautés ^ de leurs différentes natures, de la manière dont on les possède , des moyens par lesquels on les conserve , et des fautes par lesquelles on les perd. Les conseils qu'il y donne sont adaptés à diverses situations que le publiciste n'a pas fait naître, et qu'il n'a pas conseillées surtout.

« Abordons maintenant ces terribles maximes qui ont causé tant de scandale en Europe depuis trois cents ans, et qui ont excité la royale colère de Frédéric II. On pense bien que je ne les examinerai pas toutes, mais je choisirai celles qui se présentent sous les apparences les plus odieuses '. »

Hoffmann , à propos d'une des iniques maximes du secrétaire, croit la rencontrer aussi, la même maxime; où? chez Voltaire, dans la Henriade, vers la fin du discours de Henri IV à Elisabeth :

« Enfin, Guise attenta, quel que fût son projet, Trop peu , pour un tyran , mais trop pour un sujet. Quiconque a pu forcer son monarque à le craindre, A tout à redouter s'il ne veut tout enfreindre, »

Hoffmann s'écrie ensuite :

« Gomment donc, le roi de Prusse, qui voulait faire une si magnifique édition de la Henriade', n'a-t-il pas été indigné d*y trouver une maxime qui Ta presque mis en fureur, quand il la lue dans le livre du Prince?^

« En lisant l'histoire de la vie de Machiavel , on voit que

I Loc, cit. f pag. 3 1 1 et toiv.

* Avec des caractères d'argeot.

cet écrÎTain itsàt génëralement estime sous le mppôit de la probité et des mœurs ' ; qu'il avait pour amis les personnages les plus illustres , et que le gouyemetaient de Florence le chargea de négociations importantes près de l'empereur d'Allemagne, près du roi de France, et de plusieurs princes de l'Italie. Machiavel mourut donc honnête homme , estimé et regretté. Mais, en iSSp, ses ouvrages, qu'///iWaiY/7a« /»iitliésy sont mis à ï index , et voila que l'honnête homme devient un fourbe, un scélérat, un athée ^ trente-deux ans après sa mort. Une foule d'écrivains, croyant complaire au pape , ou voulant ^ire éclater un faste de vertu , maudirent le défunt publiciste, outragèrent sa mémoire, et s'avisèrent de trouver abominables des écrits qu'ils avaient accrédités depuis trente ans , sans y rien voir de répréhensible *• »

Hoffmann explique très-bien toute la conduite de Machiavel auprès de César Boî^a.

M II faut avouer qu'une des missions dont Machiavel avait été chargé , et dont le secret fut révélé par la publication de sa coiTespondance long-temps après sa mort^ avait pu inspirer des doutes , et même faire naître de fâcheuses prévenu tions contre la bonne foi et la probité du diplomate. Voyous à quel point étaient fondés ces soupçons, qui depuis sont de* venus des accusations formelles et graves. «

<« On sait que l'exécrable César Borgia , feignant de vouloir faire la paix avec quatre princes ses ennemis, leur donna un rendez -vous à Sinigagiia, et les fit égorger. Machiavel était alors à la cour de Borgia. Mais ce que M. Roscoe, d'ailleurs si sage et si exact, ce que Ginguené, qui se décide rarement sur une question difficile, n'ont pas assez remarqué, Machiavel n'était point là pour son plaisir ; c'était pour lui un devoir , une obligation , puisqu'il y était envoyé par son gouvernement'. Après le crime de Borgia, il en informa son

' Noos n*abaseroDS pat ici des confidences naïves faites k Vettori.

> OEoTres de J. B. Hoffmann, pag. ai5 et sniv.

^ On a depuis peu découvert nne lettre qui prouve même qu'il courut U

Page 1