‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 243 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

gouTememefit daBS un écrit où il est ^ni de dire qu'il n'exprime aucune horreur de ce forfait, pas même une simple improbation : il eo félicite au contraire son goaremement, parce que les TÎctimes de Borgia étaient en même temps les ennemis de Florence. Voilà ce qu on lui reproche , comme s'il eût été complice du crime, et on en c<fticlut qu'il l'aTsit au moins approuvé. Ginguené s'écrie : « Derait-il s'appro- « cher d'un tel prince ? Ne devait-il pas s'enfuir épouvanté? « Comment a-t-il pu transmettre à la postérité de pareils dé- « tails, sans les blâmer, sans témoigner la moindre répu- « gnance ? • Il n'est rien de plus facile que de faire voir Tinjustice et le ridicule de cette déclamation, i* Machiavel ne songeait pas a la postérité, mais à son gouvernement, quand il lui a transmis cette dépêche , et ce n'est pas lui qui l'a pu> bliée. 2^ U fallait bien qu'il approchât d'un tel prince , puisque son gouvernement lenvoyait près d'un tel prince. 3^ Il ne s'est pas enfui épouvcuUe^ parce qu'un envoyé, un am* Lassadeur ne quitte pas son poste sans ordre ou sans permission. «

« Quant au style de la dépêche , il est ce qu'il devait être : y exprimer l'horreur ou le blâme eût été une faute coupable , parce que Florence avait tout à craindre de Borgia et de son père Alexandre VI ; parce qu'elle avait le plus grand intérêt à éviter une guerre aussi dangereuse. Pour achever de convaincre le lecteur , supposons qu'un ambassadeur de S. M. T. C. soit témoin , dans une cour étrangère , d'un de oes attentats, d'une de ces révolutions de palais où la morale a beaucoup à gémir; supposons encore que le roi de France «oit dans une de oes positions qui lui fasse regarder la rupture de la paix comme un grand malheur , je le demande à tout homme raisonnable, cet ambassadeur se permettrait-il d'écrire une philippique ou une verrine sur 1 événement dont il aurait été témoin, et, par une affectation de vertu intempestive, irait-il compromettre les intérêts de son roi, et ap-

dang«r d'y perdre U vie, et que Borgîi iviit peiwé à le défaire de lui : ce qaî nous expliquerait encore mieox la pinta, Voye« toro. 1 , diap. Vil , pag. laa.

peler la guerre sur sa patrie ? Non , sans doute , il écrirait comme a fait Machiavel, gardant son horreur in petto y et sachant bien que les auteurs d'un pareil attentat ne seraient pas gens à respecter les dépêches d*un ambassadeur. C'est ainsi qu'une observation, dictée par le bon sens^ fait crouler tout l'échafarudage d'une vaine déclamation qui , pour être fort éloquente , n'en est pas moins une sottise en politique'. »

La discussion dans laquelle Hoffmann introduit Machiavel, qu'il suppose, comme l'a faitRadicati, de retour sur la terre , et comparaissant au tribunal de son juge couronné, est un yrai morceau de poésie. Le Florentin dit qu'il est malheureux pour lui que S. M. ne l'ait pas lu avec plus d'attention ; qu'il n'a pas écrit la vie de Borgia, ce qui l'aurait forcé de parler de ses crimes comme de ses bonnes qualités; que dans son livre il ne l'a cité que comme n'ayant pas fait une faute en politique, et qu'il a pu le proposer pour modèle aux guerriers et aux politiques , sous ce rapport seulement.

Hoffmann attaque le taureau entre les cornes; il aborde le chapitre XVIII , et il excuse Machiavel , plus que je ne l'ai pu excuser moi - même. Il pose une question fort adroite, et il la résout en faveur du secrétaire, à qui il donne gain de cause un peu généreusement, en remarquant qu'il ne fait pas de belles phrases, qu'il dit des vérités, et qu'il ne faut pas s'étonner s'il a déplu à tant de monde. J'aurais désiré qu'Hoffmann , après la solution de cette question si habilement discutée , eût présenté aussi les autres questions qui peuvent être élevées à l'occasion de ce chapitre.

* ŒavrM de F. B. Hoffinann » iSsg , tom. V, pag. at6 et sqîy.

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