CHAPITRE XLIX
Quant à XAnti-Machiaifel de Frédéric, il va plus loin que M. Périès; il l'appelle ime déclamation injuste , inexacte , et tout à la fois indigne de son illustre auteur. Il finit par caractériser ainsi ce livre qui a fait tant de bruit :
« C'est cependant cet Anti-Machiavel qui a répandu dans toute l'Europe une espèce dliorreur sur le caractère et les écrits du politique Florentin. La grande publicité du livre de Frédéric; les sentiments d'honneur, de justice et de modération qui abondent dans cette production royale; le plaisir de voir un monarque blâmer toute politique contraire à la plus scrupuleuse probité; et, par>dessus tout cela peutêtre, les grands éloges et la belle préface de Voltaire (il pouvait ajoutor, et le livre qui est l'ouvrage de Voltaire), ont fidt de Vjénti'Mac/uavel un livre orthodoxe et classique , et l'on a trouvé plus commode de condamner l'auteur italien , que de confronter son ouvrage avec celui de son adversaire. »
Les Discorsi reçoivent ensuite les éloges qu'ils méritent. Hoffmann dit que la forme de XJrt de la guerre est piquante et animée.
Il continuait son cours d'admiration, lorsqu'il fut interrompu par un écrivain , qui alors voulut prendre le parti du moyen âge, que tous ces articles dans le Journal des Débats avaient retracé sous un jour assez défavorable. A ce sujet Hoffmann change de ton, il cite le Diarium de Burchard, il prend au hasard une citation dans les nombreux manuscrits attribués à cet annaUste, et qui pour la plupart sont apocryphes, et il finit par des invectives au mo^ns inutiles contre cette époque qu'il avait si bien dépeinte, et qui lui avait donné l'occasion d'écrire des articles si agréables, si sages et si judicieusement pensés.
Je ne me suis pas arrêté au jugement porté en Allemagne sur l'histoire de Florence par Spittler, auteur
de V Histoire des états de l* Europe. Il dédare que cet ouvrage de Machiavel est écrit avec une rectitude de jugement qu'on ne retrouve que dans fort peu d'au* très livres.
Je n'ai pas non plus encore entretenu le lecteur des divers jugements qu'a portés sur le Florentin Jean de Mùller. U dit (tom. III de ses œuvres) :
« Cest au chef de Florence ( Laurent II ) que le secrétaire d état Nicolas Machiavel , après avoir montré dans son excellent ouvrage sur Tite-Iive quels sont les principes de la fondation et de la conservation des républiques, fit voir dans son livre sur le Prince le tableau des moyens de gouvernement d'un tyran , moyens qu il faut connaître pour s*en préserver. Par cet ouvrage, il flatte ouvertement les vues du duc (il n était pas encore duc d'Urbin ) à une époque où la faiblesse de lltalie, produite par la division territoriale, occupait Tesprit de tous les patriotes de la Péninsule. >
De Mûller ne précise pas bien ici les époques : le livre dit du Prince a été composé avant les Discorsi. Le savant allemand adopte aussi l'opinion de ceux qui veulent que Nicolas ait dévoilé dans ses Principautés les moyens de gouvernement d'un tyran. Cette idée de Mûller doit dater de l'époque où il alla visiter à Berlin Frédéric qui , ayant abandonné au moins ostensi* blement quelque chose de sa première pensée, semblait se rattacher par capitulation à la réponse qu'avaient faite les Florentins au cardinal Polus. Mais un homme tel que de Mûller ne pouvait pas garder un sentiment qu'il était 6i aisé de combattre ; il avait dit avant d'aller à Berlin (tom. XVI de ses œuvres, pag. 81) : « Ta- « cite, Machiavel, Montesquieu, ont tracé des codes ce politiques pour tous les siècles. » Il avait dit aussi depuis qu'il avait vu Frédéric (tom. XVI, pag. 190): « Notre ancien et .excellent maître Machiavd contre