CHAPITRE XLIX
« lequel les sages {si diis placet) crient, comme les voce leurs contre l'inventeur des lanternes Ceci expli-
« que aussi fort bien pourquoi \ Anti-Machiavel a été a écrit. » Nous remarquerons à ce sujet que la destinée de Frédéric avec les grands hommes de son temps a été bien singulière. Tous l'ont aimé , honoré , vénéré de loin, et quand ils se sont trouvés près de lui, pour la plupart ils n'ont pas conservé les mêmes sentiments.
Voici maintenant comme le résumé positif des opinions de Jean de Miiller. Je rapporterai le texte traduit mot pour mot.
Dans une lettre, écrite à son frère (Œuvres, tom. VI , pag. 344)9 ^ s'exprime ainsi :
« Je viens de relire Machiavel, son Tite-Live et son Prince y chose que je n'avais pas faite depuis vingt-quatre ans. Ce Prince est un livre classique, on pourrait même dire antique ; rien que de For pur. L'expérience éclairée par Tintelligence la plus juste, rien de chimérique, rien d'exclusif (ou de partial) , rien de stérile ; de la vraie sagesse politique : mais il &ut savoir la saisir. Quels avertissements nous pourrions y puiser! »
Voilà certainement de la part de Jean de Mûller des jugenients divers. Ce n'est plus le tableau des moyens du gouvernement (T un tyran : c'est rien que de V or pur. Quel éloge, quel enthousiasme ! Et puis ici, l'opinion la plus louangeuse est celle de l'âge avancé. Cependant je ne me rends pas volontiers à tant d'admiration \ je soupçonne quelque peu d'esprit de réaction après tout le bruit qu'avait causé si injustement l'attaque du roi de Prusse contre Machiavel.
On assure que Jean Godefroy de Herder, qu'on a appelé le Fénelon de l'Allemagne à cause de la dignité calme de ses manières , partageait les sentiments de Jean de Mûller, son ami, sur Machiavel. Nous verrons
plus tard si M. Frédéric Raumer, professeur à Berlin , parlera 9 sur ce ton, du secrétaire Florentin.
Mais les tableaux vont changer, et la scène est transportée en Angleterre.
En 1827, M. Macauley, célèbre littérateur anglais, publie un article très-remarquable sur Machiavel, dans la Revue d'Edimbourg , mois de mars , n^ 90. Le ^y n° de la Bet^ue britannique en a donné ensuite / une excellente traduction. M. Macauley dit avec rai-
son que les ouvrages de Machiavel ont été mal interprétés par les savants, méconnus par les ignorants, censurés par l'Église , et calomniés avec toute l'aigreur d'un faux zèle par les complaisants d'un honteux despotisme. On voue à l'infamie, suivant le sévère Anglais , un homme dont le génie avait porté la lumière dans tant de parties obscures du domaine de la politique, et qui aidait été au moment de briser les chaînes de ses concitoyens. Pendant plus de deux siècles, ses restes, confondus avec ceux du vulgaire, ne reçurent aucun honneur; à la fin, un pair de la Grande-Bretagne rendit les premiers hommages au plus habile homme d'état de Florence, et lui éleva un monument, contemplé avec respect par tous ceux qui reconnaissent les vertus du grand citoyen à travers la corruption d'un siècle dégénéré , un monument qui inspirera encore plus de vénération, quand le bui^ auquel Machiavel avait consacré toute sa vie y aura été atteint.
On a pu voir, par les récits que nous avons présentés , que Machiavel ne fut pas au moment de briser les chaînes de ses concitoyens^ et qu'encore moins il visait à un but auquel il avait consacré toute sa vie. Non, tout a été plus simple, plus naturel dans la vie et dans les ouvrages du Florentin. Il est bien loin d'avoir pensé