‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 246 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

directement à la libération de Florence , puisque jusqu'au dernier instant il servit la cause des Médicis qui allaient périr. Homme de pouvoir^ il a donné des préceptes au pouvoir ^ et n'a pas consacré toute sa vie à atteindre un but précis. Ces suppositions d'imagination ne sont plus permises; il faut s'attacher à la vérité : elle ressort des lettres , des écrits , de la conduite, des chagrins, de la mort du Florentin.

Je ne pourrais pas être du sentiment de M. Macauley sur les decennali qu'il appelle des chroniques rimées. Ce sont des chroniques, oui, mais non pas simplement rimées. Elles offrent de beaux vers , de la vivacité, de l'amertume, quelque chose de l'énergie des doctrines de l'auteur, delà satire passionnée, et enfin, dans mille passages , toute l'âpreté des imprécations dantesques. Ces decennali ne sont pas àes rimes ^ c'est de l'absinthe, quelquefois du fiel, et presque toujours du feu. Le jugement de M. Macauley sur là Mandragore est plein de justesse. Il répute l'auteur supérieur àOoldoni, inférieur à Molière. Cependant Machiavel, dans ses dénoûments, a surpassé quelquefois MoUère. M. Macauley loue, avec une sagacité tout-à-£ait digne d'éloges, les Legazioni. Enfin, il dit très -sagement qu'on retrouve dans Machiavel bien plutôt Hérodote et Tite-Live (il eût pu ajouter Tacite), que Davila et Clarendon.

Il parait que l'impression qu'a produite l'article de M. Macauley, a été bien puissante en Angleterre, et que c'est l'opinion de ce savant qui y domine aujourd'hui.

Nous repassons en Franpe.

La même année 1827, M. le marquis de Bouille, lieutenant-général , a publié des Commentaires politi-' | y ques et historiques sur le Traité du Prince de Machiavely et sur X AnU-Machiavel de Frédéric II.

48o MACHIAVEL.

n prend pour épigraphe Theureux et sage jugement de Montaigne sur le secrétaire Florentin '. Selon M. de Bouille, il serait funeste qu*une personne en place suivît à la lettre les règles de conduite que donne Machiavel, comme celles que lui oppose Frédéric. Quant aux doctrines de Machiavel, il est plus juste de croire à la fausseté de son esprit y qu*à celle de ses intetitions. Quant à Frédéric, le conquérant de la Si^ lésicy le spoliateur de la Pologne, c*est le comble de la perfidie, de la part d'un souverain, de se jouer ainsi de la vertu , et d'emprunter son masque pour suivre, plus incognito, la carrière de l'injustice. Et le plus grand hommage qu'un prince ait jamais rendu à la doctrine de Machiavel, c'est de l'avoir réfuté afin de le suivre plus impunément. Tel est le sentiment de M. de Bouille dans son avant-propos. Il finit par remarquer que Machiavel ne voulait qu'instruire ceux qui gouvernent; qu'il lui fallait donc peindre les hommes tels qu'il les voyait, et proposer ce qu'il jugeait leur être convenable , parce qu'un habile médecin ne doit pas redouter l'emploi des remèdes violents, quand le mal est extrême.

M. de Bouille examine Machiavel et Frédéric (mais comment a-t-il voulu toujours voir là Frédéric?); il les examine chapitre par chapitre. Il répète l'argument de M. Hoffmann tiré de la conduite du duc de Guise, et il ne suit pas le spirituel journaliste définissant si bien pourquoi Machiavel a parlé, comme il Ta Êiit, de César Borgia.

M. de Bouille, dans l'examen du chapitre XII, au sujet des troupes mercenaires, parle un langage de bon sens, et de véritable amour de la patrie. Il cite,

■ Voyez plus Inat, chip. XLU, pag. 287.

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