CHAPITRE XLIX
pour prouver Texcellence des soldats appartenant à la nation, et tirés de toutes ses classes , la généreuse résignation qui porta l'armée de la Loire à abandonner des drapeaux témoins de tant de victoires , et signes de tant de puissance.
« Si la voix de la patrie n*eût parlé à ces guerriers-citoyens plus fortement que celle du courage indigné, et si la famille n'eût rappelé chacun d'eux, les eût -on vus céder à Tordre d'eunemis que les débris de cette grande armée épouvantaient encore au milieu même de leur triomphe , et qui lui rendaient, malgré eux, le plus bel hommage, en ne trouvant de sûreté que dans son entière dissolution ? On ne vit point alors, comme il arrive ordinairement à la suite de longues guerres, les campagnes désolées, les routes inquiétées par une soldatesque débandée, accoutumée à la vie tumultueuse et aventurière des camps. Ce grand exemple d*ordre, de modération et de patriotisme, ne pouvait être donné au monde que par une armée toute nationale. »
Ce morceau de raisonnement, de logique, et même d'enthousiasme, est un des plus beaux de Fouvrage de M. de Bouille. Il parcourt rapidement le chapitre XVI, de la Libéralité et de' r Économie j et, plus exact, plus rempli de son devoir, plus attaché à sa mission que Frédéric, ou Voltaire, il lit d'une part Machiavel, et de l'autre les réfutateurs; il sait bien distinguer, avec la promptitude du coup d'œil de l'homme d'esprit et du sage, l'horreur du Florentin pour les confiscations. Et il ajoute :
« C'est le bienfait le plus remarquable comme le plus précieux de la loi fondamentale qui régit aujourd'hui la France; c'est le titre le plus glorieux du roi qui la lui a donnée, que l'abolition de cette peine, de ce moyen trop commode et trop dangereux de battre monnaie. On ne saurait assez louer cet acte de sagesse autant que de justice, qui garantit //. 3i
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également le prince et ses sujets de Imfliience de la cnpidicé , si active et si habile à trouver des coupables, lorsqu'elle peut en hériter '. »
Le chapitre XVIII est examiné avec une grande impartialité par M. de Bouille, qui présente le pour et le contre avec une prudence très -remarquable. On croit qu'il ne va pas conclure ; en effet , il se tient sur une ligne de discussion, sans jeter le balancier plus d'un côté que de l'autre. Mais ce qui est possible pour amuser des oisifs, et ce qui ne tend qu'à prouver l'aplomb d'un sauteur et la connaissance des lois de l'équilibre, ne peut pas s'appliquer long-temps à une haute question de morale : alors M. de Bouille se présentant à lui-même la situation où s'est trouvé Louis XVI souscrivant des serments dans un châteauprison, il déclare, et je suis de son sentiment, que de pareils serments ne doivent pas retenir le captif, parce que le respect pour ces serments achève de le perdre, et le conduit à une catastrophe inévitable. Mais cette question n'est pas celle qu'a traitée Machiavel; et comme je ne me suis jamais rendu aux doctrines générales de son chapitre XVIII, je crois devoir écarter la position du vertueux Louis XVI , et je persiste dans mon horreur pour cette partie des doctrines du Florentin.
z Voyez roavrage de M. àt Boaillé, pag. 189. Un livre fort carieoz, intitulé Jl^er sous la domination française ^ par M< le barcm Piohcui, cooadl- 1er d*état, vient d'appeler Tattention pnbliqae sar la question des confiscations. On lira dans les graves considérations présentées k cet égard par cet écrivain, qui est un homme de beaucoup de talent, et que distingue une expérience consommée dans Tétude de la politique , on lira que noua aTona Mt et que nous faisons aujourd'hui à Alger à peu près ce que nous avons fait en Italie, sur la fin du dernier siècle. S*il arrivait un jour de danger, noua paierions cher de telles fautes ; et puis on ne retourne presque jamais dans un paya qu'on a pcrdn pour de semblables raisons.