CHAPITRE XUX
Chapitre XX , M. de Bouille cite l'expression sublime de Frédéric sur les fortifications de la France. Ce grand roi disait : « La frontière de la France (du coté de la Flandre) est une gueule ouverte de lion qui présente deux rangées de dents menaçantes prêtes à tout en* gloutir. »
Frédéric et Voltaire ayant parlé dans leur chapi* tre XXVI de toute autre question que de celle qu'a* vait discutée Machiavel, M. de Bouille ne donne pas d'observations sur ce chapitre XX VI. Il eût pu, je crois , faire autrement. Ce chapitre XXVI est une conclusion de Machiavel. Il est une explication de quelques-uns des mystères contenus dans le Traité. Que le prince royal et le philosophe aient cru là devoir dire autre chose, un observateur attentif ne peut pas, ne doit pas imiter leur exemple. Voici comme M. de Bouille s'excuse :
« Je me suis donc arrêté au chapitre XXV qui m'a paru la conclusion la plus naturelle de mon travail, et la plus convenable au plan et au but que je me suis proposés avec une confiance sans doute trop téméraire : toutefois elle ne m'a été inspirée que par le besoin d'occuper de longs et pénibles loisirs , et par le désir de présenter des observations qui , développées avec plus de talent , peuvent avoir quelque importance , nullement par la présomptueuse prétention de m'établir le juge ni le guide de personne. »
Je ne puis donner qu'une courte analyse de cet ouvrage. Plût à Dieu qu'on n'exprimât jamais ce que Toi» pense, qu'avec le ton de bon goût qui caractérise M. de Bouille! L'infirmité dont on m'a dit qu'il est atteint, ne lui permettra peut-être pas de lire ce peu de mots que j'ai consacrés à l'examen de son utile ouvrage : je n'en désire pas moins que son esprit y reconnaisse la haute estime que je fais de ses raisonnements, de
son amour pour notre chère France, et de ce jugement sain et irréprochable qui a dicté ses commen^ taires sur le Traité de Machiavel.
S'il a paru des ouvrages relatifs au secrétaire Florentin, dans quelques pays étrangers, vers l'époque précise qui m'occupe aujourd'hui, je ne puis en parler, parce que je ne les connais pas encore, même de nom , et j'ai besoin d'être averti par ceux qui , sous ce rapport , sont plus instruits que je ne le puis être loin des écrivains qui ont travaillé sur ce sujet. Je dois donc me borner à examiner les auteurs français : je suis cependant prévenu qu'immédiatement je serai appelé en Allemagne.
En i83i, M. L. Lerminier, professeur de l'histoire générale des législations comparées, au Collège de France , a publié sa Philosophie du droit.
Il donne certainement une idée favorable de son talent, de son courage, de son impartialité, et il déclare bien hautement quelle sera la dignité de ses opinions, quand il parle de Bossuet '.
M. Lerminier, à propos d'Algernon Sidney attaquant dans ses discours sur le gouvernement ^ , le système d'autorité de Louis XIV , s'exprime ainsi :
« Mais voici venir le vengeur et l'appui de Louis XIV. Bossuet seul soutient tout reffort du protestantisme, l'attaque , profite de l'embarras où s'étaient mis les premiers novateurs en présentant leur réfonne comme une œuvre définitive , relève les contradictions où ils étaient tombés ainsi que leurs successeurs , et triomphe de ces variations. «
M. Lerminier sera-t-il toujours aussi généreux? Il parle sévèrement plus bas de la Politique de ce grand
I Philosophie du droit , tom. U, pag. 86. > Tradntu en français , La Haye , t 70a , in-8^