‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 250 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

bouleversait toute lltalie. On était toujours incertain de sa* Toir quels alliés il se proposait de duper. Sa pensée était en hostilité constante avec ses paroles. Pendant la légation de Machiavel , il se surpassa lui-même. »

M. Lerminier continue ce récit; il offre des extraits des dépêches de Machiavel , et il ajoute :

« Homme d^aflaires, acceptant tout, observateur imperturbable au milieu des scènes les plus sanglantes , ne prenez Machiavel ni pour un hypocrite, ni pour un scélérat. Encore une fois, non , c'est un Italien du XVI* siècle ; c'est un secrétaire d état de la république de Florence , que vous eussiez beaucoup étonné en vous étonnant de sa conduite. »

Ici la logique d'Hoffmann est un peu reproduite. L'ordre des dates peut expliquer cette conformité de vues. Ceci ne regarde pas M. Lerminier qui cite, d'après M. Macauley.

L'auteur de la Philosophie du droit, après quelques reproches à Machiavel, sur ce qu'il aurait regretté les sacrifices sanglants de l'antiquité, reproches que je ne crois pas fondés, parce qu'au contraire l'horreur pour les sacrifices est vraiment démontrée dans d'autres passages, écrit ensuite ces belles paroles :

« Dans letat même de Thistoire de Rome , des secrets de sa croissance et de sa grandeur , des principes de sa constitution , des maximes de sa politique , des ruses et des hardiesses de son génie j dans l'analyse de lart de gouverner, de ses ressources , de ses défiances , des moyens qui changent et sauvent les états , des conspirations qui les renversent, des fautes des peuples et des princes , Machiavel s est fait le précepteur des hommes d'état et des historiens. Il a souvent inspiré Montesquieu; le grand Jean de Miàller Fétudiait constamment. »

M. Lerminier reprend néanmoins le sentiment de

ceux qui voient dans le Traité des PrincipaxUés ane impitoyable et secrète ironie.

« Machiavel était poète comique; il avait égayé Florence par la Mandragore^ il a bien pu, froid ricaneur, couronner son œuvre par un immense éclat de rire. Gaîté coupable, joies perverses auxquelles s'abandonnent quelquefois les esprits supérieurs en se donnant de haut le spectacle des pauvretés et des bassesses humaines! »

Non, M. Lerminier, lisez, avec toute l'attention dont vous êtes capable , la lettre à Vettori : vous y verrez un désir de rentrer dans les afïaires, un désir ardent d'obtenir un emploi; vous y verrez qu'il n'y a pas le plus minime mot pour rire dans la composition des Principautés ; que le Florentin jette là tout son génie, toute son érudition , toutes ses inventions, toutes ses observations , pour obtenir un morceau de painj et la réintégration dans sa charge. Il est inutile d'habiller ses idées avec les nôtres : Machiavel a fait ce que fait, ce que fera tout père de famille tendre et prévoyant, plongé subitement dans la misère. Comme il était doué d'un grand génie, et que sa disgrâce devenait d'autant plus violente qu'il avait développé plus de talents éminents, il croyait qu'il fallait crier plus haut, demander avec plus d'instance, harceler les nouveaux puissants, dire peut-être, à cette extrémité, ce qu'il s'était réservé pour la pratique de son état et de sa vocation, et il a composé son Opuscule. Je suis parfaitement d'accord avec M. Lerminier sur les autres points. Machiavel y a révélé le caractère sombre des pensées de son siècle ; cela ne pouvait être autrement : mais aujourd'hui la séparation chimique de la substance vénéneuse et de la substance nourricière est désormais facile; et c'est à quoi doit s'attacher tout esprit observateur, qui, comme celui

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