‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 251 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

de M. Lerminier, tend à instruire les hommes, et à ne leur présenter que des idées de bon sens, de morale, et de connaissance exacte de la vérité.

M. de Mùntz, jeune savant fort distingué, qui achève de perfectionner à Paris une excellente éducation littéraire commencée à Gottingue sous les yeux de son oncle, le célèbre M. Hugo, me communique son manuscrit du cours de politique, donné en i83i par M. Dahlmann , professeur d'histpire à Gottingue/ Suivant M. Dahlmann, le Principe de Machiavel est un despote et un despote itaUen. Tous les moyens lui sont bons, pourvu qu'il atteigne son but poUtique. Il paraît que Machiavel regardait la puissance d'un tel prince, et les ressorts dont il fait, usage, comme un mal nécessaire pour arriver au rétablissement de l'unité territoriale de l'Italie, souhaitant qu'après cette réunion, sa patrie pût jouir du bienfait d'institutions libérales. C'est par cette interprétation peut-être qu'il fkut concilier le Principe avec les Discorsi. Cette interprétation avait d'ailleurs été déjà présentée, dans le siècle passé, par le philosophe Jacobi.

Tout en trouvant fort ingénieuses ces explications de M. Dahlmann, je persisterai à répéter que Machiavel, dans sa position, n'a pas vu tant de choses à la fois; et puis le livre du Florentin n'est pas à l'usage seulement d'un despote italien, mais d'un pouvoir italien, ou de tous les pays.

Je n'oublierai pas certainement de Ésdre mention d'une autre information que j'ai reçue de la complaisance du même M. de Mùntz. Cette nouvelle opinion, que je vais détailler, est celle de M. Raumer, professeur fort estimé en Prusse.

Dans son ouvrage intitulé , Sur le développement des idées de justice y d'état et de poUtique (2* édit.

i832)y à l'article de Machiavel, il dit en substance ce qui suit : Dans le seizième siècle, la science sociale s'engagea dans de fausses routes, en ce que l'on re* gardait le droit romain et la politique des anciens comme salut et modèle uniques. Le secrétaire est spirituel et instructif, mais malheureusement il a trop subordonné la morale aux desseins du pouvoir; il ne nous rend pas même la politique théorique des an* ciens, comme celle de Platon. Ce qu'il nous présente n'est que la politique pratique païenne , telle que les Romains l'ont exercée. Du reste, les républiques de l'antiquité étaient loin d'être aussi libres que Machiavel le pensait. II ne parle jamais que de rapports d'indi* vidu à individu, de parti à parti. Il ne signale pas l'influence des corporations, des états, des constitu* tions; l'influence que le christianisme a eue sur le monde moderne parait lui avoir échappé complètement, et il confond sans cesse le christianisme avec la papauté corrompue. Néanmoins, ce qu'il dit est souvent rempli de sagesse : on a mal interprété, on a exagéré ses principes , et on les a dépouillés de toute l'attitude (haltung) antique qu'ils présentent.

Voilà , sans doute, un jugement neuf et digne de la plus sérieuse attention. Cette critique d'un homme d'un mérite supérieur n'est pas la répétition fade et misérable de tant d'opinions, qui se sont copiées pendant les trois siècles du procès que nous examinons. J'essaierai, cependant, de répondre à M. Baumer. Machiavel n'a pas rendu la politique théorique des anciens? mais il n'a pas voulu rendre cette politique théorique; il a même dit qu'il s'en garderait bien ; il a parlé de /w>litique pratique : il n'a eu que ce but unique. La poli- MquepratiquCy ou chez les anciens, ou chez les hommes du temps du Florentin, comme, à quelques améliora-

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