CHAPITRE XLIX
tions près, chez nous aujourd'hui, a toujours quelque chose de famille , qui établirait assez bien la ressem* blance. U faut reconnaître que Machiavel a lu dans rhistoire, et dans le cœur humain où l'histoire se refait et se reconstruit tous les jours*
Lfi secrétaire, tout préoccupé qu'il était de politique pratique, a cependant emprunté quelquefois à la politique théorique des anciens; et peut-être quoi qu'en dise M. Raumer, y a-t-il trop d'idées de Platon, dans les idées de Machiavel, bien qu'il nous dise quUl a cru plus convenable de suivre la vérité effective de la chose, que des opinions d'imagination? Quant à avoir confondu le christianisme avec la pa* pauté corrompue, cela n'est pas bien exact. Tant de chapitres du Florentin parlent du christianisme, et du christianisme catholique tel que nous le voulons! 11 est vrai, aussi, que le procès des prélats de Rome occupe beaucoup trop l'auteur, mais ce n'est pas le procès de la papauté; et il y a des gens fort raisonnables, et très instruits de la situation des esprits .en Europe, qui soutiennent que la papauté, depuis la réformation , qui est un état de choses où l'on reste peut-être seulement parce qu'on s'y trouve engagé , que la papauté n'a pas perdu un pied de terrain , et pourrait bien avoir, seule, gagné quelque chose aux révolutions.
La conclusion de M. Raumer, qui dit que souvent on a mal interprété Machiavel, est excellente, courageuse, vraie, et d'un parfait esprit philosophique.
Si j'ai quitté M. Raumer, c'est qu'il a fallu que le rapporteur se retournât
Dove sentia la pompejana tuba '.
> DMte , Parada , cbtnt VI ^ Ter» 7s.
M. Montani, qui a écrit sur Nicolas, dans TAnthologie de Florence , et qui a expliqué avec sagacité beaucoup de circonstances de l'esprit de Machiavel , ferait une chose utile d'étendre les extraits qu'il a publiés, et d'en former un corps d'ouvrage : car enfin lltalie, et surtout Florence, si elle le peut, ne doit pas laisser les étrangers seuls discuter le mérite du publiciste toscan.
Je crois devoir donner place dans ce rapport à la citation d'un passage des Mémoires et Voyages du prince Puckler-Muskau , qui ont paru dernièrement à Paris.
L'auteur en Angleterre parcourt une galerie de tableaux et il dit à ce sujet :
« On remarque le portrait de Machiavel , par le Titien, absolument tel que je me Tétais figuré, une physionomie fine, spirituelle, et pourtant souffrante. On dirait qu'il gémit sur le côté indigne de l'espèce humaine , sur cette nature canine qui n*ainie que ceux qui la foulent aux pieds , ne suit que ceux quelle craint, n*est fidèle que là où elle trouve son avantage. Une expression de pitié et de dédain erre sur ses lèvres étroites, pendant que son œil pensif semble regarder au-dedans de lui-même. »
« On trouve d abord étrange que ce grand et classique écrîvain ait été pendant long-temps Tobjet d un mal-entendu si ridicule, qu'on lait tantôt dépeint comme un monstre en morale, supposition que Voltaire a réfutée d'une manière aussi absurde que la supposition elle-même, et que tantôt on ait formé la ridicule hypothèse que tout son livre ne serait qu'une satire. En y songeant plus mûrement, on acquiert la conviction que notre siècle , qui commence enfin à envisager la politique sous un point de vue plus élevé , plus humain , fut seul capable de comprendre le génie de Machiavel. Il sentira que Machiavel était réellement de bonne foi dans la règle de conduite qu'il traçait aux souverains , mais qu'il ne s'adressait qu'aux souverains absolus qui se croient les