CHAPITRE XLIX
propriétaires de leurs sujets, et aux conquérants heureux qui soumettent les peuples de la terre à leur sceptre tyrannique. Ceux-là ne peuvent en effet prospérer , et même se soutenir, qu'en suivant les leçons de Machiavel; et, nous autres Prussiens, nous devons nous féliciter de ce que Napoléon les a trop négligées. Cela est si vrai que, dans cent endroits de son livre, Machiavel fait entendre qu'il était convaincu que la société^ de son temps, portait en elle-même un principe de destruction qu'il fallait écarter, avant que les peuples pussent parvenir au vrai bonheur, à la véritable civilisation. Les révolutions dont nous venons d'être les témoins , ont ouvert les yeux des hommes qui ne les refermeront plus\ »
Je n'examinerai pas si , comme on Ta prétendu , il y a un vrai prince Puckler - Muskau qui a écrit ces voyages , ou s'ils doivent être attribués à quelqu'un de ces jeunes Allemands spirituels et agréablement moqueurs , qui observent d'une manière si fine les usages des autres pays. L'auteur, prince ou ancien étudiant dans quelque université célèbre de l'Allemagne, est un homme d'esprit, dont l'ouvrage est fort intéressant, et cela me suffit. Je ne puis pas assurer que le portrait qu'il a vu soit celui de Machiavel, par le Titien. Celui-ci, contemporain de Machiavel, aurait bien pu faire son portrait à Venise. Né huit ans après le Florentin , il avait cinquante ans au moment de la mort de ce dernier, qui a fait un voyage à Venise en iSistS, à l'époque de la plus grande gloire du Titien. Mais Machiavel était pauvre, et un peu avare : à moins qu'il n'ait payé le prix de ce portrait avec une partie de l'argent qu'il gagna à la loterie de Venise *, on ne voit pas comment
1 Mém. et Voyages da prince Packler-Moskaa, iii-8®, Fooroier, iSSa, pag. 319.
> Voyez chap. XXXIX , pag. »o3.
il aurait fait faire ce portrait. Titien était rami de FArioste, qui n'aimait pas Machiavel : cependant le sentiment du propriétaire de la galerie, visitée par le prince Puckler-Muskau ou l'étudiant , ne laisse aucune improbabilité. Il restera une difficulté. Pourquoi ce portrait n'a- 1- il jamais été gravé '? Le propriétaire doit le permettre à présent, que l'attentioa publique est plus généralement portée sur Machiavel en Angleterre , surtout depuis la belle dissertation de M, Ma^ cauley. Nous avons remarqué que l'auteur prussien donne l'Anti-Machiavel à f^oltaire, et parle de la bonne foi de Machiavel. Je n'entends pas aussi bien ce qu'il dit de Napoléon. Voulait-il que le monarque victorieux fit plus de mal à la Prusse ? Je ne puis le croire. U veut peut-être dire que Napoléon aurait pu démembrer la Prusse au point qu'elle n'eût plus la Êiculté de se reformer en état. Et pourquoi? L'existence de la Prusse sera toujours nécessaire à l'Allemagne; et les
> Voici qoelques détails sur les portraits de Machiavel. Dans les éditions anciennes de oet éorivain , on voit un portrait d*nn« fort petite dimension. On a conpé un de ces portraits poar le mettre en tête de ceu:^ de Blachiavel qaî sont i la Bibliothèque dn Roi. Au-dessous on a écrit k la main MachÎMiel, d^une écriture du X.VI' siècle. Cette figure est une Traie caricature. Ce •ont plntdt les traiu d*nn malheureux qui va aa supplice. Une aflrense korrî' pilation leur donne un caractère eHrayant. La bouche est onvertt. La mais tient un livre. C'est sans contredit un portrait inventé. Tel est le n** t^ de la Bibliothèque du Roi. Le n** a est un autre portrait au bas duqnel est écrit : Nicolas Machiavel» citoîen et secretare (sic) de Florence; F. EsUHgm; «CK^. Ce portrait est celui de Laurent-le-Magnifiqne, tel qu'on le voit encore à JÇlorence. Le n** 3 est une copie du n° a ; an bas est écrit : Nicolas Machîa* vel, citoîen et secréuire de Florence, né k Florence, mort en 1 5 80 (erreur de 53 ans). A Paris, chez Odienvre, qnai de ll^ole, A la belle image ^ C, P. B, C'est encore Lanrent-le-Magnifique. Le n^ 4 est le méme(Laurent-leiJfagBifiqne ), plus grand ; au - dessus de la tête Nicolaut Machia^féllus ; an- dessous
nasc. Florenûœ j{* Obut,i5^S ou xSag (erreur moins importante); puis
on lit les vers cités chap« XLIX, pag. 378. Le n° 5 est enfin nn autre portrait qui n'est plus celui de Laurent - le - Magnifique ; il approche nn peu dn vrai portrait, mais il est tout-à-Tait sans dignité. ... On 7 lit Niccolb Mac