‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 254 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

Allemands qui sont soumis à la puissance du cabinet de Berlin ne sont pas les plus malheureux.

Il nous reste à citer le jugement de M. Botta; c'est celui d'un compatriote, d'un ami, d'un rival probe et généreux; ce jugement, que je rapporte, le premier, doit au plus haut point exciter l'intérêt.

Dans sa belle Storia (Tltalia^, M. Botta divise en trois classes les auteurs italiens , en y comprenant les auteurs latins, parce que, dit-il, quoiqu'ils n'aient pas écrit en italien , ils sont cependant de patrie et de sang italiens. Il pense que la première classe peut s'appeler la classe des historiens patriotes ou de la patrie; la seconde classe, celle des historiens moraux; la troisième classe, celle des historiens naturels ou positifs.

« Pour dire les qualités qui appartiennent à chacune de ces classes , et qui les rendent différentes Tune de l'autre , il faut considérer la méthode que suivent les auteurs d'histoire de chacun de ces ordres divers , et le but que ces écrivains se .

ehiavelB; lÀttret^ dei, sculp,, 1768. VoUâ ce qne possède la Bibliothèque da Koi.

Plos tard , l'errear de toos les èditeort ayant été découverte , d'autres éditeurs Don noîns négligents ont accompagné leur publication d'un portrait mil a été reconnu pour être celui do grand-duc Cosme de Médicis. La seconde erreur a duré presque autant de temps que la première , et s*est prolongée k Florence même jusqu*en 1 83 1 ; car l'édition compacte de M. Passif U donne encore ce portrait de Cosme I^, copié d'après MorgheUi qui, avec son burin ai célèbre, arait aussi contribué à consacrer Terreur commune. J*ai fait des recherches plus utiles, et je donne en France , le premier, les Trais traits de MaefaiaTel , pana d*après un tableau de Santi-Titi qui nous a conservé les véritables traits du secrétaire : ce tableau appartient aux héritiers de sa famille. M. Ruhierre, auteur de la magnifique gravure de la capitulation d'Ulm qui a obtenu tant de succès , a exprimé énergiquement Téclat igné du regard de notre Florentin, et cette sorte d'impassibilité puissante avec laquelle il a l'air de demander ce qne lui veulent les siècles d'aujourd'hui , et pourquoi entra tant d'auteurs anciens et modernes, son nom a été choisi , puis flétri et condamné à devenir une injure ignoble, et une insulte sans pitié.

s Storia tTltaCa c^mimmaim da ^uêUa dd Guiedardmi tino al 1789, di CmrU 1 }r

Botta; Paris , Bandrj, 1 83 a , in- 1 8*. *

proposent. Parmi eux , il 7 en a qui s'attachent moins à la vérité , qu à la pensée d*exciter dans leurs concitoyens lamour de la patrie , pour les animer à de hautes actions qai rélèvent; ces écrivains traitent de la liberté, de la puissance, et de tous les avantages qui peuvent rendre la patrie heareuse et libre au-dedans, puissante et formidable, ou au moins respectée au-dehors. Les historiens de cet ordre peuvent être goûtés dans quelques pays particuliers, plus qu'ils ne plaisent au genre humain en général; et si leur propre nation les accueille, les nations étrangères, au contraire, en font peu de cas '. »

Voilà les auteurs que M. Botta appelle les historiens patriotes.

Venons à rapplication. M. Botta nomme , comme appartena/it à cette première classe , parmi les anciens , Tite-Live ; parmi les modernes , Bembo. On reconnaît clairement que Tite-Live est Romain. Il est Romain par sa narration et ses réflexions qui respirent l'amour de Rome et qui exaltent sa puissance. La grandeur de l'historien est égale à la grandeur de l'empire, et l'on ne voit pas, dans tous les historiens de tous les temps et de tous les pays, un homme qui, comme Tite-Live, ait été capable de porter un semblable poids. Tite-Live est donc le prince des historiens patriotes.

Bembo est l'autre historien patriote. Il célèbre sa Venise, toujours sa Venise; il admire non seulement sa prudence, mais encore sa Justice. Ce dernier trait dispense de beaucoup d'autres développements '.

M. Botta, devant actuellement nous désigner les

' Loc. oit. , prefazione , pag. y et vx. V 'Le cardinal Bembo est aotear do célèhra oayragc intitulé , Rerum Feneta-

«^^ rum HUtoriaSf tndoit en italien par Tantenr Ini-mème, vers 1 55a. « H fut, dit « M. Gingnenë, le reataoratenr dn bon style dans la langue latine, où il prit « constamment poor modèles Cicéron , yirgile et Joles^César. » Biog. univ.

Page 1