‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 255 sur 274 · CHAPITRE XLIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX

écrivains moraux y assure qu'il n'y en a qu'un seul, et il nomme Tacite, parce qu'il remue les passions ou pour le bien ou contre le mal y embrassant, sous ces deux mots de bien et de ma/, non seulement ce qui est estimé tel par une patrie particulière, mais encore ce que l'on croit tel , suivant le consentement et la conscience universelle des hommes , enfin ce que comme tel, les hommes louent ou blâment, approuvent ou condamnent. Tacite est un historien d'une nature si singulière, qu'on ne pourrait lui en comparer aucun autre. L'amour de la vertu et de la liberté, l'horreur du vice et de la tyrannie, sont immenses en lui. Il adore ce qui est doué de vertu, et le fait adorer aux autres : d'un autre côté, il s'emporte avec la plus vive ardeur, on dirait presque avec férocité, contre les vicieux et les tyrans ; de manière que non seulement il les fait éviter comme dangereux, mais encore il les fait abhorrer comme autant de fléaux des générations humaines. Il exerça, malheureusement, son sublime ministère parmi des hommes corrompus.

Tacite ne parle pas de la patrie autant qu'en parle Tite-Live. De son temps, il n'y avait plus de patrie; les méchants l'avaient dévorée.

Mais il ne f^ut pas ici analyser les nobles pages de M. Botta , il faut les traduire.

« Tacite est un haut moraliste^ et quand je le lis, il me semble entendre un yénérable prêtre du genre humain, qui, avec ses saintes paroles^ nous appelle daps la bonne voie, et

nous détourne de la mauvaise Ce fut un grand signe de

corruption et de petitesse moderne, qu*il se soit trouvé (nous en avons été témoins) quelqu^un capable de déprécier Tacite, et qu une génération entière ait applaudi à ce quelqu^un ' :

^ Ce quelqu'un, jelé ici d^aoe maDÎère si uDgalière, cft Napoléon , qui en

c'est-à-dire que nous arrivâmes alors à un tel point de dégradation y que nous ne siimes supporter non-seulement la liberté et la vertu, mais pas même leur représentation ; nous fûmes des hommes vils. La postérité saura si nous ne le serons plus. »

M. Botta y dont je regrette d'abréger les explications et les aperçus tout-à-fait neufs et courageux ^ attaque ces amateurs de chroniques, ennemis des ornements dans l'histoire; ces novateurs qui retournent à Fen- £uice de l'art, qui troublent tous les esprits, et font écrouler le temple des muses célestes. Il leur reproche de dire que l'auteur qui orne, ment; comme si orner n'était pas dans la nature de l'homme, comme si on ne devait pas préférer la beauté à la laideur.

« Tout ornement n'est pas la céruse trompeuse : si vous ne le croyez pas, ordonnez à vos femmes de ne pas laisser retomber sur leur front éclatant de blancheur et de grâce, ces flocons de cheveux élégants qui accroissent tant leur beauté, et vous-mêmes abattez les corniches de vos maisons et les colonnes de vos temples, barbares que vous êtes ! »

M. Botta soutient que Fornement et la vérité peuvent marcher de front. Si cependant (ce qui n'est pas) Fornement peut sembler dangereux pour la vérité, l'ignorance est bien plus dangereuse; Fignorance qui n'a pas de critique; l'ignorance qui juge non d'après tous les faits, mais d'après peu de faits;

effet aimait à mal parler de Tacite , et Toalait qa*on Mt à cet égard de son •▼ia. Alora une génératioii entière applaudissait , il est Trai^ à des bits d*amies glorieux, k des victoires inouïes, mais elle n*applandissait paa k cette sorte dUmprécation assez déplacée contre réoergiqne et impitoyable juge de libère. M. de Fontanes surtout fut un des plus ardents défenseurs de Tacite , et nous nous souviendrons toujours également de la puissante résistance de M. de Chateaubriand , 4{ui disait ces graves paroles : « Quand on ne peut plus pader de Tacite , il iant écrire des voyages. •

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