CHAPITRE XLIX
Tignoranoe qui se soumet à des préjugés bas, à beaucoup d'erreurs de l'esprit, et à une foule de passions sottes, circonscrites dans une sphère étroite. Après Tivoir ainsi établi ces principes, M. Botta défend avec beaucoup de talent le système des inversions, qui va d'ailleurs si bien à la langue italienne , parce qu'elle semble née, comme la langue latine , pour ce genre de liberté mystérieuse et élégante.
Il arrive à sa troisième classe d'historiens , et comme il a parlé d'hommes naturels ou positifs , on soupçonne bien vite que l'homme le plus positif qui ait existé, sera un de ceux qui vont apparaître : en effet, M. Botta, sans s'arrêter aux anciens, se trouve transporté dans l'école florentine. 11 rencontre d'abord Guicciardini et Machiavel qui en sont les princes.
J'aurais peut-être voulu qu'ici Machiavel fût rencontré le premier, examiné seul, et que Guicciardini, l'ami, le compagnon de gloire du secrétaire dans la vie civile et militaire , mais bien certainement l'élève et le disciple soumis , dans la science historique, attendît un instant que l'homme à la simarre noire j comme dira Algarotti, eût reçu la part d'éloge ou de blâme qu'il pouvait mériter. Mais M. Botta les place à côté Tun de l'autre, comme dans les guerres de Modène et de Plaisance , et , pour un instant, semble donner en quelque sorte le pas à Guicciardini ; ce qui n'est pas tout-à-fait conforme à l'ordre des dates, car nous avons vu que les Istorie ont été publiées en i Sa 5, et nous soupçonnons toujours que des cahiers écrits par Machiavel, et remis à Guicciardini, ont été les premiers matériaux qu'il a employés dans son ouvrage. Si le nom de Machiavel ne s'y trouve pas, c'est sans doute parce que la censure du temps l'aura décidé » ainsi. Quant à M. Botta, j'admets les motifs qui l'ont
5oo MACHIAVEL.
engagé à donner à Guicciardini une sorte de prééminence apposition. M. Botta continue, et avec un succès que je ne saurais trop faire remarquer, Thistoire de Guicciardini : il ne faut donc pas s'étonner d'un peu de préoccupation dans une telle circonstance. Du reste, ce n'est pas pour traiter moins bien Machiavel historien; M. Botta ne pouvait pas se méprendre ainsi : il va donc juger Machiavel , mais Guicciardini n'en sera pas séparé, la sentence sera collective, et les deux grands hommes comparaîtront, assis sur le même banc, devant un écrivain généralement, en beaucoup de points, plus moral que le premier, et sans doute plus éloquent que le second.
«Ceux-ci (costoroy Guicciardini et Machiavel,) considèrent la nature humaine telle qu'elle est^ et non pas telle qu'elle devrait être; et si je n'avais pas peur de proférer un gros blasphème que me^reprocheraient ceux qui veulent paraître bons sans Fètre , j'affirmerais que les historiens de cette classe (la classe des naturels ou des positifs) sont les plus véridiques relativement aux causes ou aiuL motifs des actions, et peut-être les plus utiles de tous, si l'on veut s'attacher à ce qui est gouvernement des états , et non pas amélioration (quelques personnes dirùieut perfectibilité) de la race humaine, si on s'attache à méditer sur l'art de vivre dans une patrie , pour la bien servir , sans trop l'aimer. Ces écrivains cherchent le but, et ne se donnent aucun souci du moyen , vice ou vertu peu leur importe , pourvu qu'on parvienne au but désiré. Ils rapportent avec la même froi* deur un acte atroce, comme un acte bienfaisant; un acte vil, comme un acte magnanime; ils sont capables de justifier celui qui gagne quoique ayant tort , seulement parce qu'il gagne , et de condamner celui qui perd quoiqu'il ait raison, seulement parce qu'il perd. Ce sont des narrateurs terri' blés, mais des narrateurs tels qu'ils pénètrent profondément dans l'égout du cœur humain , et qu'ils y découvrent tout